Daniel Otis rapporte pour CTV News (8 septembre 2025) que l’Armée canadienne a dépensé environ 125 000 $ afin d’envoyer une trentaine de soldats assurer la garde cérémonielle à l’entrée de Buckingham Palace, à Londres, pendant dix jours en juillet dernier.
Une mission symbolique mais coûteuse
Selon les informations transmises par un porte-parole des Forces armées canadiennes à CTVNews.ca, le déploiement de 28 militaires du Lord Strathcona’s Horse, basé à Edmonton, a duré du 11 au 21 juillet 2025. Les soldats ont utilisé des chevaux britanniques et ont assuré la fonction de King’s Life Guard au Horse Guards building, une mission hautement cérémonielle qui protège les entrées de Buckingham Palace, de St. James’s Palace, du château de Windsor et de la Tour de Londres.
Le coût global – 125 000 $ financés par les contribuables – inclut les vols, l’hébergement, les repas et autres frais liés aux exigences protocolaires. L’hébergement et le soutien logistique ont cependant été assumés par une unité britannique, sans frais pour le Canada.
Une première rare et un honneur particulier
CTV News rappelle qu’il s’agissait seulement de la troisième fois qu’une unité étrangère remplissait ce rôle prestigieux. Les deux précédentes occasions impliquaient également des Canadiens : le même régiment en 2000 et la Gendarmerie royale du Canada en 2012.
Cette année, le déploiement avait aussi une valeur symbolique particulière, alors que le Lord Strathcona’s Horse célébrait son 125e anniversaire. Fondé en 1900 pour servir lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud, le régiment a combattu durant les deux guerres mondiales et conserve un fort attachement historique à la Couronne. Le roi Charles III, Colonel-en-chef du régiment et monarque du Canada, a donné son autorisation personnelle pour ce service.
Entre fierté nationale et critique monarchique
Le haut-commissariat du Canada à Londres a qualifié l’événement de « moment de fierté nationale et de souveraineté canadienne », soulignant l’importance du lien historique avec les alliés et la continuité des traditions militaires.
Toutefois, l’exercice soulève des débats. Duff Conacher, cofondateur de Democracy Watch, rappelle à CTV News que, même si la somme demeure modeste, « la majorité des Canadiens souhaitent plutôt aller dans la direction opposée : se distancer de la monarchie britannique et renforcer notre indépendance institutionnelle ».
Un coût relatif, selon les experts
À l’inverse, Paul Thomas, professeur émérite de sciences politiques à l’Université du Manitoba, estime qu’il n’y a pas matière à polémique : « Dans le contexte d’un budget fédéral de 450 milliards de dollars, cette dépense est minuscule. Elle soutient notre tradition de monarchie constitutionnelle, nos liens avec le Commonwealth et le moral de nos forces armées. »
Même analyse chez Nathan Tidridge, vice-président de l’Institute for the Study of the Crown in Canada, qui juge « entièrement approprié » que des soldats canadiens gardent leur souverain. Il souligne à CTV News que « ce genre de moment nourrit la fierté du régiment et reflète la place du Canada dans le monde comme État souverain ». Pour lui, la comparaison avec d’autres pays est éclairante : « 125 000 $ est dérisoire par rapport aux sommes engagées par d’autres nations pour mettre en valeur leur armée – songez au défilé militaire voulu par Donald Trump à Washington l’an dernier. »
Un symbole entre deux visions du Canada
Cet épisode met en lumière le double rapport des Canadiens à la monarchie : d’un côté, la fierté d’un héritage militaire et d’une tradition partagée avec le Royaume-Uni ; de l’autre, la volonté croissante d’affirmer une indépendance complète. Comme le note Daniel Otis dans CTV News, cette dépense, bien que modeste à l’échelle du budget fédéral, agit comme un révélateur des tensions identitaires du Canada contemporain.



