Après 3 ans de pandémie, de mesures liberticides et d’improvisation gouvernementale, la volonté citoyenne de passer à autre chose en 2022 était plus forte que sa volonté de justice. Et passer à autre chose, elle en a eu l’occasion avec l’invasion russe en Ukraine, dès février, qui a forcé tous les internautes de la bonne société à remplacer leurs émoticons de vaccins pour un drapeau ukrainien, causant une crise énergétique qui nous entraîne tranquillement sur le chemin de la « sobriété énergétique » …

Désormais, le monde entier semble se déplacer du jour au lendemain, dans des mouvements quasi tectoniques qui secouent les bases du débat public et font apparaître instantanément un nouveau monde. Un monde d’unanimisme imposé et de positions incontestables.

En tant que première année relativement « post-pandémique », 2022 apparaît ainsi comme une année particulière : une année de consécration du suivisme aveugle. Une année de consécration de la tyrannie de la majorité.

On a vu la chose se développer dans les dernières années, avec des phénomènes comme #JeSuisCharlie, #BringBackOurGirls, #Metoo ; internet devenait un outil puissant pour mobiliser le monde entier sur des enjeux légitimes. Or la chose s’est quelque peu emballée et est devenu le terreau d’un nouvel outil de contrôle social.

Car entre temps, un grand combat des médias traditionnels et de l’establishment politique se mettait en branle pour reprendre contrôle du discours sur le web.

Des figures populistes comme Donald Trump ont entraîné un tel travail de discrédit par les médias grand public qu’il devenait impossible d’émettre une opinion contraire. « Orange Man Bad », blaguait-on à l’époque en comparant les opposants névrosés au président controversé à des NPC, des « personnage non-joueurs » dans les jeux vidéo, qui ne font que ce pour quoi ils ont été codés.

Maintenant, coup de grâce ; une pandémie mondiale qui force les mesures gouvernementales les plus liberticides depuis la deuxième guerre mondiale. On compare d’ailleurs la chose à une guerre, et comble du malheur, les gens confinés passent leur temps… sur internet.

On a alors un cocktail explosif en termes de conditionnement social. « Ça va bien aller », « Défi 28 jours », « trois doses! » ; nos vies sont alors rythmées par le nouveau slogan salvateur à la mode. Tout devient une mobilisation de vie ou de mort ; ne pas afficher de soutien ostentatoire à la nouvelle cause du jour renvoie au statut de paria.

Le support à la cause du jour devient une condition à la reconnaissance sociale.

Et c’est dans ce cauchemar d’une population confinée et sur le bord du délire, après des fêtes annulées, des amendes, des dénonciations, des tentatives de protestations réprimées par un état d’urgence que les Québécois ont commencé l’année 2022.

Juste à temps pour le nouveau dada de la bonne société : supporter l’Ukraine.

Avec le printemps, le temps chaud, on a vite oublié la pandémie. On avait réalisé pendant l’hiver que les vaccins ne fonctionnaient pas comme on l’aurait voulu, et on s’était dit, bon! On aura bien essayé, mais maintenant il faut laisser les gens vivre.

Et puis on a oublié. On a réélu le même gouvernement, encore plus fort cette fois, et on a définitivement mis un trait sur la critique de sa gestion de la pandémie.

Parce qu’à ce rythme, notre soutien indéfectible à l’Ukraine, qui se faisait en contradiction avec nos intérêts énergétiques et commerciaux, nous préparait déjà pour une nouvelle crise. La chaîne d’approvisionnement, déjà sérieusement affectée par la pandémie, a cédé sous cette nouvelle tempête géopolitique. L’inflation est devenue galopante. La sécurité énergétique est sérieusement compromise, au point où tous les politiciens du monde commencent à parler – d’une manière, encore une fois, tout à fait unanime – de « sobriété énergétique » et de « fin de l’abondance ».

La voyez-vous venir, cette nouvelle cause à la mode? La voyez-vous venir, cette vague de gens avec une lumière éteinte dans sa bio sur twitter pour afficher son effort pour réduire son empreinte énergétique? La voyez-vous venir, cette vague de gens avec des criquets dans leur bio sur twitter pour afficher leur effort pour réduire leur consommation de viande rouge?

Le voyez-vous venir, ce monde totalitaire qui surfe de crises en crises pour imposer la cause obligatoire du jour?

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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