32 milliards sans résultats : où va l’argent des programmes destinés aux autochtones ?

Le gouvernement fédéral canadien consacre désormais plus de 32 milliards de dollars par an aux programmes et services destinés aux peuples autochtones. C’est ce que rappelle Kevin Klein dans les pages du Winnipeg Sun. Or, selon lui, cette ère de dépenses historiques doit s’accompagner d’une exigence accrue de transparence et de résultats concrets.

Klein rappelle qu’en 2015, les budgets fédéraux pour les affaires autochtones s’élevaient à environ 11 milliards. Dix ans plus tard, ils ont presque triplé. Pourtant, les conditions de vie dans plusieurs communautés demeurent précaires : eau potable rare, logements délabrés, écoles surpeuplées. Le chroniqueur cite un rapport de l’Institut Fraser, qui note que les améliorations du bien-être autochtone proviennent surtout de programmes universels comme l’Allocation canadienne pour enfants, plutôt que des initiatives ciblées. De plus, l’Institut Yellowhead estime que moins de 10 % des fonds fédéraux atteignent directement les communautés — le reste se perdant dans la bureaucratie et les contrats de consultants.

Les ententes de compensation s’ajoutent à ces sommes déjà considérables. Klein rappelle le règlement de 40 milliards de dollars sur la protection de l’enfance des Premières Nations, le traité Robinson-Huron de 10 milliards, ainsi que d’autres accords collectifs prévoyant des payeurs individuels de 20 000 à 220 000 $. L’Ontario a également signé une entente de 8,5 milliards pour réformer les services à l’enfance autochtones, tandis qu’un autre règlement de 23,34 milliards a visé le sous-financement chronique des aides sociales.

Malgré ces chiffres vertigineux, Klein constate que les récits de crise et de désespoir persistent. « Si l’argent circule, pourquoi les problèmes demeurent-ils ? » demande-t-il. Il plaide pour un véritable devoir de reddition de comptes, estimant que les dépenses autochtones devraient être soumises aux mêmes standards que les fonds publics des entreprises ou des œuvres caritatives.

En exemple, il cite le projet Naawi-Oodena à Winnipeg, sur l’ancien site des casernes de Kapyong, où les Premières Nations du Traité 1 détiennent la majorité des parts. Malgré un appui fédéral de 5,5 millions $, les détails financiers du projet restent nébuleux : revenus de location, dettes, réinvestissements. Klein affirme que ce projet pourrait devenir un modèle de réussite autochtone — à condition d’être entièrement transparent.

Pour lui, la solution n’est pas la microgestion, mais des audits publics indépendants, des objectifs mesurables (maisons construites, réseaux d’eau réparés) et des organismes de supervision mixtes réunissant experts autochtones et non autochtones. « L’imputabilité n’est pas une insulte, écrit-il, c’est le fondement de la confiance. »

Klein conclut que sans une gestion rigoureuse et des résultats vérifiables, la réconciliation risque de demeurer un mot creux. L’argent, dit-il, ne suffira pas à réparer les injustices du passé : seule la transparence permettra de bâtir la confiance et de donner un sens concret aux promesses du Canada envers ses peuples autochtones.

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