35 milliards pour capter 12 mégatonnes : le coût exorbitant de la stratégie carbone d’Ottawa

Alors que le gouvernement fédéral multiplie les annonces pour favoriser la décarbonation de l’industrie pétrolière canadienne, un commentaire publié par The Hub remet sévèrement en question la logique économique qui sous-tend cette stratégie. Selon le média, le projet de captage et de stockage du carbone de la Pathways Alliance constituerait l’un des programmes climatiques les plus coûteux jamais envisagés au Canada, au bénéfice d’un nombre limité d’entreprises et aux frais des contribuables.

Le commentaire s’intéresse au protocole d’entente récemment conclu entre Ottawa et l’Alberta afin de soutenir la réalisation du vaste réseau de captage du carbone de la Pathways Alliance, qui regroupe les principaux producteurs des sables bitumineux.

Un projet de 35 milliards de dollars

Selon The Hub, les coûts du projet ont déjà dépassé les 20 milliards de dollars en immobilisations. En y ajoutant les frais d’exploitation prévus sur une période de trente ans, la facture totale atteindrait entre 34 et 38 milliards de dollars, soit environ 35 milliards.

En échange, le réseau permettrait de capter entre 10 et 12 mégatonnes de CO₂ par année.

Le média estime qu’une fois tous les coûts pris en compte, le coût réel d’abattement dépasserait vraisemblablement entre 200 et 250 dollars par tonne de CO₂ évitée, en rappelant que les deux principales installations commerciales de captage du carbone déjà en activité en Alberta ont vu leurs coûts augmenter beaucoup plus que prévu.

Des contribuables appelés à combler l’écart

L’article soutient que l’économie même du projet repose sur une intervention massive des gouvernements.

Selon The Hub, le projet nécessite un prix du carbone supérieur à 130 $ la tonne afin d’être rentable. Or, le marché albertain du carbone (TIER) serait actuellement largement excédentaire, si bien que les crédits s’y échangeraient sous les 20 $ la tonne.

Pour résoudre ce problème, Ottawa et l’Alberta ont convenu d’utiliser des « contrats carbone sur différence » (Carbon Contracts for Difference), un mécanisme par lequel les gouvernements s’engagent à compenser la différence entre le prix réel du marché et un prix garanti si celui-ci s’avère insuffisant.

À cela s’ajoute un crédit d’impôt fédéral couvrant jusqu’à 50 % des investissements initiaux dans les équipements de captage.

Selon The Hub, ces mécanismes ne réduisent pas le coût réel du projet; ils en déplacent simplement le fardeau financier des entreprises vers les contribuables.

Des réductions d’émissions beaucoup plus coûteuses qu’ailleurs

Le commentaire compare ensuite ce projet à d’autres politiques climatiques.

Selon les propres analyses du gouvernement fédéral citées par The Hub, le renforcement de la réglementation sur les émissions de méthane coûterait en moyenne seulement 48 $ par tonne de CO₂ évitée.

Le média évoque également des études américaines portant sur l’Inflation Reduction Act, qui estiment le coût de décarbonation du secteur électrique entre 36 et 87 dollars américains par tonne.

À leurs yeux, un dollar investi dans la Pathways Alliance permettrait donc de réduire beaucoup moins d’émissions qu’un dollar investi dans d’autres mesures.

D’autres investissements jugés plus rentables

The Hub soutient qu’une enveloppe de 35 milliards de dollars pourrait être consacrée à des projets offrant davantage de retombées économiques permanentes.

Le média cite notamment :

  • le développement d’interconnexions électriques est-ouest permettant d’exporter davantage d’hydroélectricité vers les provinces dépendantes du gaz naturel;
  • la construction de nouvelles centrales nucléaires;
  • l’électrification de centaines de milliers de bâtiments;
  • ou encore l’accélération des réductions des émissions de méthane.

Selon l’auteur, ces infrastructures continueraient de produire de la valeur économique pendant plusieurs décennies, contrairement aux installations de captage du carbone, qui servent essentiellement à enfouir du CO₂ sans générer de nouveaux biens ou services.

Un « prix politique » pour obtenir des pipelines?

L’une des conclusions les plus sévères du commentaire concerne la véritable raison d’être du projet.

Selon The Hub, le programme ne serait pas avant tout une politique climatique optimale, mais plutôt le « prix politique » permettant d’obtenir l’acceptabilité sociale nécessaire à la construction de nouveaux oléoducs et au maintien de l’expansion des sables bitumineux.

Le média soutient que cette stratégie revient essentiellement à financer, par l’entremise de politiques climatiques, les conditions politiques nécessaires au développement du secteur pétrolier.

Une critique qui rejoint un débat plus large

Cette analyse s’inscrit dans un débat qui prend de plus en plus d’ampleur au Canada.

Depuis plusieurs mois, Ottawa affirme vouloir adopter une approche plus pragmatique afin de concilier développement économique, sécurité énergétique et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement de Mark Carney mise notamment sur le captage et le stockage du carbone pour permettre la croissance du secteur pétrolier tout en respectant les objectifs climatiques.

À l’inverse, les critiques de cette approche soutiennent que le Canada risque de consacrer des dizaines de milliards de dollars à des réductions d’émissions beaucoup plus coûteuses que d’autres solutions disponibles, au détriment des contribuables et de l’efficacité globale des politiques climatiques.

Le commentaire de The Hub illustre ainsi un débat qui dépasse largement la seule question du captage du carbone : celui du coût réel de la transition énergétique et de la meilleure façon d’utiliser les fonds publics pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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