47 milliards de coupes : Éric Duhaime promet un grand ménage dans l’État québécois

À l’approche de la campagne électorale, le Parti conservateur du Québec veut frapper fort sur le terrain économique en proposant 47 milliards de dollars d’économies sur cinq ans dans les dépenses de l’État.

Éric Duhaime promet d’utiliser cette marge de manœuvre pour rétablir l’équilibre budgétaire et financer ce qu’il présente comme les plus importantes baisses d’impôts de l’histoire du Québec.

« Ce qu’on annonce, c’est un grand ménage dans les finances publiques, probablement le plus grand ménage dans l’histoire du Québec », a déclaré jeudi Adrien Pouliot, porte-parole conservateur en matière d’économie et de finances publiques, selon Radio-Canada.

Le PCQ reconnaît que 47 milliards constitue une somme importante, mais souligne qu’elle correspondrait à environ 5,6 % des dépenses de l’État sur cinq ans.

Moins de subventions et moins de bureaucratie

Le principal poste d’économies toucherait les subventions aux entreprises.

Selon le Journal de Québec, le PCQ souhaite récupérer 20 milliards de dollars en cinq ans en réduisant les aides directes et certains crédits d’impôt, en abolissant le Fonds du développement économique et en recentrant le mandat d’Investissement Québec.

Les conservateurs citent notamment les dossiers Northvolt, Lion Électrique et Flying Whales pour dénoncer une politique économique dans laquelle l’État québécois assume de plus en plus directement le risque financier.

Le parti veut aussi réduire progressivement d’environ 20 000 postes la fonction publique, principalement par attrition, tout en épargnant les enseignants, les infirmières et les préposés aux bénéficiaires.

Tous les programmes gouvernementaux seraient soumis à une révision. Le PCQ instaurerait également une règle voulant que la création de tout nouveau programme soit compensée par une économie équivalente ailleurs.

Le Conseil du trésor deviendrait même le Conseil du trésor et de l’Efficacité gouvernementale.

Une dernière portion des économies viendrait de la modernisation numérique de l’État et d’un recours accru à l’intelligence artificielle.

« C’est au tour du gouvernement »

Au 98.5, Éric Duhaime a présenté son plan sous un angle plus directement lié au coût de la vie.

« Je pense que c’est un régime minceur qui s’impose. Les Québécois se serrent la ceinture présentement, mais là, ça serait le temps au gouvernement de serrer la ceinture puis de laisser un peu plus d’argent dans le portefeuille des travailleurs », a-t-il affirmé.

C’est probablement cet argument qui résume le mieux la stratégie conservatrice.

Le Québec demeure une province où le fardeau fiscal est élevé et où l’État intervient dans un nombre considérable de secteurs de l’économie et de la vie quotidienne. Duhaime soutient depuis longtemps que cette lourdeur fiscale est indissociable de la taille de l’appareil réglementaire nécessaire pour administrer autant de programmes et de règles.

Il comparait récemment le Québec à l’Alberta, qu’il présente comme un modèle de gouvernement plus léger.

Une compilation de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante recensait en 2025 près de 146 000 exigences réglementaires au Québec, contre environ 67 000 en Alberta.

Il ne s’agit pas de 146 000 lois distinctes, mais d’exigences contenues dans les lois et règlements. L’écart demeure néanmoins considérable et illustre bien l’argument du chef conservateur : chaque nouvelle obligation réglementaire entraîne potentiellement des coûts administratifs pour l’État et des coûts de conformité pour les entreprises et les citoyens.

Un contexte plus favorable au discours de réduction

Le moment choisi par Duhaime n’est pas anodin.

Le contexte économique mondial remet de plus en plus au premier plan les questions de productivité, de compétitivité, de contrôle des dépenses et de lourdeur réglementaire.

Même le gouvernement fédéral de Mark Carney a adopté un discours beaucoup plus axé sur l’accélération des grands projets, la réduction des dédoublements administratifs et l’efficacité de l’État.

Il reste à voir jusqu’à quel point ce réalisme économique sera réel plutôt qu’esthétique. Mais le changement de ton est significatif : après des années pendant lesquelles la réduction de l’État était facilement assimilée à de « l’austérité », l’idée qu’une bureaucratie excessive puisse elle-même devenir un frein économique revient dans le débat public.

C’est sur cette évolution que mise le PCQ.

Éric Duhaime devra évidemment démontrer pendant la campagne que ses 47 milliards d’économies peuvent réellement être trouvés sans détériorer les services publics. Mais en proposant une réduction d’une ampleur rarement envisagée dans la politique québécoise récente, il se donne au moins une ligne de démarcation claire.

Dans une province fortement taxée et réglementée, il pourrait ainsi réussir à imposer une question que les autres partis préfèrent généralement éviter : avant de chercher de nouvelles façons de dépenser l’argent des Québécois, l’État pourrait-il commencer par déterminer ce dont il n’a plus besoin?

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