871 000 $ de dépenses pour seulement sept dirigeants autochtones : des voix s’élèvent pour réclamer la transparence

Partout au Canada, des membres des Premières Nations réclament des comptes à leurs propres dirigeants. Cette fois, les critiques ne viennent pas de l’extérieur : elles proviennent de l’intérieur même des communautés. C’est ce que rapporte Kevin Klein dans un article du Winnipeg Sun. Et leur message est clair : l’argent public doit servir aux familles, pas aux privilèges.

Tout a commencé avec une publication Facebook signée Jerleen Anderson Sullivan, membre de la Norway House Cree Nation, au Manitoba. Sans détour, elle a révélé que les sept conseillers de la bande avaient réclamé un total de 871 731 $ en dépenses, dont 236 111 $ pour un seul élu et 141 062 $ pour un autre. Leurs salaires, eux, avoisineraient 102 000 $ par an, le chef gagnant un peu moins de 120 000 $. Les dépenses dépassaient donc les revenus. Sa question, simple et directe : où est passé tout cet argent ?

Ces révélations touchent une corde sensible. Le gouvernement fédéral dépense aujourd’hui environ 32 milliards $ par an en programmes et services destinés aux Autochtones — trois fois plus qu’il y a dix ans. Pourtant, beaucoup de communautés vivent toujours dans des conditions précaires : logements insalubres, eau non potable, pauvreté persistante. Les fonds circulent, mais les résultats stagnent.

Un autre cas fait scandale en Alberta. Dans une vidéo virale, Hans McCarthy, de la communauté de Frog Lake First Nation, affirme que 54 millions $ auraient été dépensés pour la construction de 72 maisons modulaires entre 2013 et 2019. Selon les états financiers, chaque maison aurait coûté 752 000 $, alors que leur valeur marchande tournerait autour de 200 000 $. Si ces chiffres sont exacts, près de 40 millions $ demeureraient introuvables, et les registres financiers restent fermés aux citoyens.

Kevin Klein souligne que le problème ne réside pas dans l’autonomie gouvernementale, mais dans l’absence totale de transparence. Ottawa transfère des milliards chaque année, mais exige rarement des preuves tangibles de résultats. L’ancienne Loi sur la transparence financière des Premières Nations, adoptée sous Stephen Harper, obligeait les conseils de bande à publier leurs états financiers. Une mesure efficace… jusqu’à ce qu’elle tombe en désuétude après 2015. Depuis, la surveillance s’est effondrée.

Le gouvernement fédéral, par peur d’être accusé de paternalisme, évite de poser des questions difficiles. Mais selon Klein, c’est précisément cette complaisance qui entretient la pauvreté et la méfiance. « Si une entreprise dépensait 32 milliards $ sans audits ni résultats, les actionnaires se révolteraient. Pourquoi les contribuables devraient-ils en accepter moins ? »

Des exemples positifs existent pourtant. La tribu Seminole de Floride gère ses revenus de façon ouverte et transparente : chaque membre reçoit environ 125 000 $ US par an grâce aux profits de ses entreprises. Ce modèle prouve qu’une bonne gouvernance peut transformer une communauté lorsqu’elle repose sur la clarté et le partage équitable.

Klein appelle le gouvernement à rétablir l’obligation de transparence pour toutes les bandes financées par Ottawa, en publiant les salaires, dépenses et résultats. Sans cela, les suspicions persisteront, les fonds continueront de disparaître, et les familles resteront piégées dans le cycle de la pauvreté.

« L’imputabilité n’est pas de l’hostilité, c’est de l’intégrité », écrit Klein. « Si nous croyons vraiment en la justice et en l’avenir des enfants autochtones, nous devons exiger la transparence maintenant. »

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