À Cambridge, fonder un groupe réservé aux femmes biologiques devient un acte de résistance

Dans un texte publié par spiked, Maeve Halligan raconte comment la simple volonté de défendre les droits fondés sur le sexe biologique a suffi à déclencher une vague d’intolérance, d’attaques personnelles et de harcèlement venant de certains milieux étudiants de l’Université de Cambridge. L’auteure explique que son expérience, loin d’être anecdotique, révèle l’état d’un campus profondément marqué par un militantisme idéologique où la conception même du mot « femme » devient un champ de bataille.

Elle raconte que, quelques semaines avant son arrivée pour y entreprendre un programme de maîtrise, elle avait discuté avec une amie de l’idée de trouver une association entièrement dédiée aux femmes. Toutefois, en explorant les stands du traditionnel Freshers’ Fair, elle découvre rapidement que la quasi-totalité des groupes féministes sur le campus ont adopté une ligne idéologique strictement inclusive de toute personne s’identifiant comme femme, peu importe son sexe biologique. Lorsqu’elle pose la simple question de savoir comment ces groupes définissent le mot « femme », les regards deviennent glacials. On lui reproche de manquer d’intersectionnalité, de ne pas comprendre le féminisme moderne et même de risquer de se retrouver « du mauvais côté de l’Histoire ». Pour Halligan, le message était limpide : les étudiantes défendant une approche basée sur le sexe biologique n’ont plus leur place.

Face à ce vide, elle décide, aux côtés de deux amies étudiantes, Thea Sewell et Serena Worley, de fonder une nouvelle société : la Cambridge University Society of Women (CUSW). Le but : offrir un espace non mixte fondé sur le sexe, c’est-à-dire ouvert uniquement aux femmes biologiques. Elle insiste sur le fait que cette démarche, pourtant traditionnelle dans l’histoire du féminisme, semble aujourd’hui considérée comme téméraire dans un milieu universitaire qui se revendique progressiste, alors qu’il suffit simplement de reconnaître que le mot « femme » renvoie à une réalité biologique.

Les cofondatrices rédigent une constitution, tout en anticipant les réactions hostiles de l’administration ou des militants transactivistes. Elles débattent même de la manière la plus précise d’énoncer la définition du mot « femme », sachant très bien que le simple fait d’affirmer qu’il s’agit d’un être humain adulte de sexe féminin pourrait provoquer des accusations de discrimination.

Lorsque la société est lancée officiellement le 27 octobre, notamment grâce à un article du journaliste Nick Wallis, le soutien est massif. Plus de 120 anciennes diplômées contactent le groupe pour s’y associer. Des dons sont offerts, des juristes proposent spontanément leur aide, et des dizaines de femmes à travers le Royaume-Uni félicitent l’initiative. Certaines disent espérer qu’une telle société puisse un jour exister dans les universités où étudient leurs propres filles.

Mais le revers ne tarde pas. Halligan rapporte que sur Instagram, plateforme particulièrement fréquentée par les étudiants, les commentaires injurieux pleuvent. Elle voit apparaître des centaines de réactions les accusant d’être « fascistes », « haineuses » ou « bigottes ». Les emojis de drapeaux trans deviennent un signe d’occupation symbolique de leurs publications. D’autres messages, beaucoup plus haineux et misogynes, s’attaquent à leur apparence, insinuant qu’elles « ressemblent à des hommes ». Certains vont jusqu’à leur souhaiter la mort ou des violences sexuelles. Pour l’auteure, cette brutalité est révélatrice : elle émane de celles et ceux qui, en théorie, prétendent défendre la tolérance et la bienveillance.

L’opposition ne vient pas seulement d’individus anonymes. Plus de trente autres associations étudiantes publient une déclaration affirmant que tout féminisme dépourvu d’intersectionnalité serait « inefficace ». Halligan y voit un rejet explicite de toute approche féministe centrée sur la réalité matérielle du sexe. Quant à la célèbre page Facebook Camfess, utilisée pour diffuser des « confessions » anonymes, elle devient un lieu où les messages tournant la CUSW en ridicule se multiplient. Ironiquement, plusieurs nouvelles membres affirment qu’elles ont découvert la société grâce à ces moqueries.

Malgré cela, les étudiantes continuent leurs rencontres. Halligan souligne que les nouvelles membres arrivent souvent nerveuses, craignant d’être étiquetées comme hérétiques. Elles disent vouloir parler enfin de questions essentielles concernant les femmes : les violences sexuelles dans les zones de conflit, les mutilations génitales féminines, l’industrie du porno, ou encore l’exploitation dans la prostitution. Plusieurs avouent être lassées de devoir constamment débattre de l’identité de genre plutôt que de s’intéresser à des enjeux concrets.

Interrogée sur l’exclusion des personnes trans-identifiées comme femmes, Halligan répond que lorsque les journalistes reconnaissent implicitement que ces personnes demeurent biologiquement de sexe masculin, la logique de leur choix devient évidente. La CUSW accepte même dans ses rangs les étudiantes biologiquement femmes qui s’identifient comme hommes. Ainsi, l’étiquette de « trans-exclusionnaire » ne tient pas la route.

Pour elle, le problème qui mine les universités dépasse largement cette polémique. Il s’agit d’une culture où la liberté d’expression, d’association et de pensée est continuellement menacée par une idéologie dominante qui exige l’adhésion à un dogme. Toute contradiction est présentée comme une attaque contre la sécurité des étudiants. Cette dérive culturelle, portée par une intolérance agressive, provoque selon Halligan une forme de régression féministe.

Elle conclut en rappelant que la reconnaissance du sexe biologique n’appartient ni à la droite ni à la gauche politique. Le soutien transversal qu’elles reçoivent depuis la création de la société en est la preuve. Si cela dérange quelques militants bruyants, dit-elle, tant pis. La société poursuivra son travail, et les femmes qui souhaitent les rejoindre sont les bienvenues.

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