D’après un reportage du National Post signé par Jamie Sarkonak, les critiques envers l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA/CFIA) ne viennent plus seulement d’un groupe marginal d’éleveurs d’autruches : une large partie du secteur agricole remet désormais ouvertement en question la compétence de l’agence fédérale. Bovins, wapitis, volailles — les mêmes plaintes reviennent : décisions incohérentes, logistique incomprise et compensations tellement faibles qu’elles menacent la survie des fermes.
Un processus d’abattage qui tourne au casse-tête
Jamie Sarkonak raconte que les opérations d’abattage ordonnées par Ottawa suscitent une frustration croissante. Les délais sont flous, les directives changent, et les équipes du CFIA semblent souvent mal connaître les réalités du terrain. Diane Sawley, de l’Anchor P Cattle Company en Alberta, l’a vécu de plein fouet lorsque ses bovins ont été mis en quarantaine en raison d’une ancienne trace de tuberculose. Il a fallu « 800 heures de travail » pour rassembler et tester tout le troupeau, sous une pression de temps irréaliste. Elle affirme que les agents du CFIA ne comprenaient absolument pas la logistique impliquée.
Des coûts monstrueux, des compensations dérisoires
Le test de la tuberculose exige du sang, des injections, plusieurs jours d’observation, et surtout la mobilisation totale du troupeau. Pour l’entreprise albertaine, l’opération a littéralement mangé tout le mois d’août. Onze bêtes ont été positives et abattues — mais pas un dollar supplémentaire pour compenser les pertes indirectes : interruption de la reproduction, avortements pendant les manipulations, impossibilité de mettre les bovins sur le marché alors que les prix étaient à un sommet historique. Une situation que Jamie Sarkonak décrit comme financièrement intenable pour les producteurs.
Le cas-catastrophe de la Saskatchewan : 2 000 bêtes éliminées
Encore pire : Erin Sawley, de l’East Point Cattle Corporation en Saskatchewan, a vu son troupeau complet — 2 000 bovins — abattu en 2025 pour un cas positif de tuberculose. Elle raconte qu’on ne lui a jamais expliqué clairement le déroulement du processus. Ses questions restaient bloquées dans la hiérarchie du CFIA, les réponses se contredisaient, et l’abattage a pris 40 jours, aux frais de la ferme. Près d’un an plus tard, elle ne sait toujours pas quel montant le gouvernement va lui verser. Impossible de décider si elle doit liquider ou tenter de rebâtir : la ferme est paralysée.
Une évaluation faite par des gens… qui ne connaissent pas le bétail
Les évaluations officielles du CFIA sont plafonnées par la loi et souvent bien en deçà de la valeur réelle du marché. Pis encore : selon Erin Sawley, les agents chargés d’estimer la valeur des animaux « n’avaient presque aucune connaissance du secteur bovin ». Les évaluations ont dû être externalisées. Jamie Sarkonak souligne que ce contraste avec le système de compensation pour pertes dues à la faune en Saskatchewan — basé, lui, sur les prix du marché — choque profondément les éleveurs.
Même combat chez les producteurs de volaille et de wapitis
Les éleveurs de volaille au Manitoba réclament que le Parlement révise les montants d’indemnisation, jugés complètement déconnectés de la réalité économique. Dans l’industrie du wapiti, frappée par la maladie débilitante chronique (CWD), les délais deviennent absurdes : une ferme ayant perdu tout son troupeau en 2017 n’a reçu ses évaluations qu’en 2019… pour finalement perdre en cour lorsqu’elle a contesté la valeur assignée.
Une bureaucratie qui renvoie les producteurs à des portes déjà closes
Interrogée devant le comité de l’agriculture, une directrice du CFIA a simplement conseillé aux éleveurs de parler à leurs inspecteurs locaux ou aux cadres régionaux. Une réponse qui a fait bondir les producteurs : ils se retrouvent devant le Parlement précisément parce que ces démarches n’ont rien réglé.
Un ras-le-bol généralisé, du bœuf jusqu’aux autruches
Jamie Sarkonak conclut sur l’affaire des autruches — un épisode ubuesque où des oiseaux ont été abattus un par un sans qu’aucune recherche ne soit menée sur la maladie suspectée. Un oiseau est même mort lentement en captivité. Pour la journaliste, cette histoire symbolise l’effondrement de la confiance envers une agence centrale de la santé animale au Canada. Et elle n’est manifestement pas seule à tirer cette conclusion.



