Affaire de fraude impliquant des Somaliens aux États-Unis : un nouveau scandale éclabousse le Maine

Le programme Medicaid du Maine, connu sous le nom de MaineCare, est aujourd’hui au cœur d’allégations de fraude d’une ampleur considérable. C’est ce que raconte Ryan King du New York Post. Un ancien employé de Gateway Community Services, un organisme basé à Portland et mandaté par l’État, affirme que des millions de dollars de fonds publics auraient été facturés pour des services inexistants, au détriment des contribuables et des bénéficiaires les plus fragiles.

Gateway Community Services était chargée d’offrir un accompagnement à des personnes âgées, handicapées ou à faible revenu, en les aidant à naviguer dans le système de soins, à comprendre les programmes d’assurance et à accéder à des besoins essentiels comme le logement, la nourriture et l’emploi. Sur le papier, la mission est noble. Sur le terrain, selon le lanceur d’alerte, la réalité aurait été toute autre.

L’ancien coordonnateur de programme affirme que l’organisation aurait systématiquement facturé à MaineCare des heures de travail qui n’avaient jamais été effectuées. Un système de suivi des déplacements du personnel, censé prouver les visites auprès des clients, aurait été manipulé pour donner l’illusion de services rendus. Des bénéficiaires auraient même contacté l’organisme pour signaler que personne ne s’était présenté, alors que les heures étaient tout de même inscrites et facturées.

La situation se serait aggravée de manière significative durant la pandémie de COVID-19. L’afflux massif de fonds fédéraux, notamment par le biais des prêts pardonnables du Programme de protection des salaires, aurait ouvert la porte à des abus encore plus flagrants. Des employés auraient été embauchés pour de très courtes périodes, sans véritable travail auprès des clients, tout en recevant des primes généreuses financées indirectement par ces fonds d’urgence.

Un autre ancien employé du secteur des services sociaux au Maine, cité anonymement, confirme avoir été témoin de manipulations de feuilles de temps et de documents internes destinés à faire croire que des services avaient été fournis alors qu’ils ne l’avaient pas été. Ces pratiques, selon lui, étaient connues à l’interne et tolérées, voire encouragées.

Les sommes en jeu donnent le vertige. Entre 2019 et 2024, Gateway Community Services aurait reçu près de 28,8 millions de dollars de MaineCare. Des audits antérieurs de l’État avaient déjà révélé des trop-payés d’environ 776 000 dollars pour les années 2017 et 2018, laissant planer le doute sur l’ampleur réelle des irrégularités. Pour le lanceur d’alerte, ces chiffres ne reflètent qu’une fraction des montants détournés.

L’affaire prend aussi une dimension politique et symbolique délicate. Le fondateur et dirigeant de Gateway, Abdullahi Ali, est né en Somalie et a immigré aux États-Unis après un passage par un camp de réfugiés au Kenya. L’an dernier, il a même tenté de se lancer en politique dans sa région natale, en Somalie. Cette trajectoire a alimenté des comparaisons avec le vaste scandale de fraude aux services sociaux survenu au Minnesota, où près d’un milliard de dollars auraient été détournés dans des réseaux impliquant des membres de la diaspora somalienne.

Le dirigeant de Gateway rejette catégoriquement toutes les accusations. Il affirme avoir bâti une entreprise légitime, avoir travaillé dur pour réussir aux États-Unis et contribuer légalement, y compris financièrement, à des projets dans sa communauté d’origine. Il dénonce ce qu’il considère comme des récits fabriqués et rappelle que, selon lui, les faits finiront par parler d’eux-mêmes.

Sur le plan administratif, le lanceur d’alerte soutient avoir tenté d’avertir les autorités à plusieurs reprises. Il aurait d’abord contacté une instance fédérale, qui lui aurait répondu que le dossier ne relevait pas de sa compétence, avant de se tourner vers le bureau de l’auditeur de l’État du Maine. Peu après ces démarches, son contrat avec Gateway a été résilié, un élément qui soulève des soupçons de représailles et jette une ombre supplémentaire sur l’affaire.

La classe politique commence à réagir. Du côté républicain, on accuse l’administration démocrate du Maine d’avoir fermé les yeux sur des signaux d’alarme évidents, au détriment des contribuables. Pour ces élus, il s’agit d’un échec majeur de surveillance et d’un affront à la confiance du public envers les programmes sociaux.

À ce stade, aucune accusation criminelle n’a encore été déposée et les autorités demeurent prudentes. Mais cette affaire met en lumière les failles potentielles dans la gestion des fonds publics, particulièrement lorsque des sommes colossales sont débloquées en urgence. Elle relance aussi un débat explosif sur la transparence, la responsabilité et les mécanismes de contrôle entourant les programmes d’aide sociale aux États-Unis.

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