Allégations de racisme au SPVM : actes inacceptables ou instrumentalisation politique?

En mars 2026, le SPVM a été informé d’allégations graves concernant une équipe de patrouille du poste de quartier 39 à Montréal-Nord. Il s’agit spécifiquement de dénonciations internes provenant de collègues policiers et non de plaintes de personnes interpellées ou de témoins civils.

Le SPVM aurait alors ouvert une enquête discrète afin de vérifier si les allégations étaient crédibles, d’identifier les policiers concernés, recueillir des témoignages et de déterminer si des infractions criminelles pouvaient avoir été commises. Une enquête interne avait alors été lancée mais elle est restée confidentielle pendant plus de deux mois. C’est une pratique standard dans les enquêtes policières internes, surtout quand il y a des allégations graves. Il n’y a cependant aucune accusation formelle à ce stade.

L’annonce du 12 juin par le directeur du SPVM, Fady Dagher, est survenue parce que l’enquête interne était suffisamment avancée pour justifier deux suspensions, quatorze réaffectations administratives ainsi que le démantèlement d’une équipe de patrouilleurs. Le SPVM peut suspendre ou réaffecter un employé s’il estime qu’il existe des motifs sérieux de croire qu’il y a eu manquement professionnel.

Il est question de gestes qualifiés de dégradants envers des personnes interpellées, de comportements discriminatoires lors d’interventions policières et de propos racistes visant particulièrement des personnes noires et arabes. L’allégation la plus choquante : certains policiers auraient conservé des mèches ou morceaux de dreadlocks de personnes interpellées comme des « trophées ». Depuis le point de presse du SPVM, un résident de Montréal-Nord qui se serait fait arracher une tresse de cheveux lors d’une intervention policière a contacté les médias pour livrer sa version des faits.

En réaction aux allégations, une manifestation contre le racisme policier a rassemblé entre 400 et 500 personnes devant le poste de quartier 39 dans la soirée du lundi 15 juin. Un périmètre de sécurité avait été installé à l’avance et une présence policière importante était déjà en place avant le début du rassemblement. Les manifestants ont ensuite effectué une marche dans les rues résidentielles du quartier pour se rendre au parc Henri-Bourassa, l’endroit où a été tué Fredy Villanueva lors d’une intervention policière en 2008.

Dans le cortège apparaissaient de nombreux drapeaux et signes du PCR (Parti Communiste Révolutionnaire), ainsi que la banderole : « Le racisme ne profite qu’aux patrons – Combattons-le par solidarité ouvrière ». Parmi les autres slogans affichés par les manifestants, on retrouvait « ACAB » (All Cops Are Bastards : Tous les Policiers sont des salauds), « Defund the police » (Supprimons le financement de la police) ainsi que « Police raciste, système complice ». Les policiers présents ont été hués à plusieurs reprises.

On note un refus de distinguer les comportements fautifs attribués à quelques policiers de l’ensemble du corps policier. Faut-il rappeler que les allégations proviennent de collègues policiers? Cette frange militante semble résolue à exprimer de l’hostilité envers les forces policières, quoi qu’elles fassent.

Fady Dagher prend pourtant l’affaire très au sérieux. Et il appuie clairement les principes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Depuis son arrivée à la tête du SPVM, il a fait de la lutte contre le racisme et le profilage une priorité, notamment en lançant un Plan d’action DEI et en renforçant les programmes de recrutement destinés aux personnes issues de la diversité. Le rapport annuel de 2024 montre une augmentation significative de l’embauche de personnes issues des minorités ethniques et des minorités visibles. 

Son approche « inclusive » (autrement appelée discrimination positive) lui est d’ailleurs reprochée dans les cercles conservateurs. Quand les critères de sélection ou de promotion sont influencés par des considérations identitaires, ils priorisent l’appartenance à certains groupes au détriment de la compétence et du mérite individuel, ce qui affaiblit la qualité globale des recrues. D’autant plus que l’accent mis sur les questions identitaires et raciales est susceptible de créer des tensions au sein du corps policier.

D’accorder une importance excessive aux enjeux de représentation, de profilage racial et de relations communautaires semble préjudiciable à la mission traditionnelle de maintien de l’ordre. L’utilisation de concepts comme le racisme systémique ou le privilège blanc dans la formation policière importe une vision idéologique qui risque d’avoir un impact dissuasif quand il est question d’intervenir auprès de groupes criminalisés issus de certaines communautés. En bout de ligne, c’est la sécurité du public qui va écoper.

En outre, cette affaire fait primer la question du racisme sur celle de la brutalité policière. On rapporte qu’un policier a arraché une tresse de cheveux à une personne de race noire, mais la race de la personne n’ajoute rien à la brutalité du geste. Arracher une mèche de cheveu pour la conserver comme un trophée, c’est terrible peu importe l’ethnicité de la personne interpelée (advenant que ce soit effectivement le cas – l’enquête nous le dira).

L’affaire soulève l’appropriation du dossier de la brutalité policière par des groupes communautaires, à la manière du mouvement Black Lives Matter qui se concentre exclusivement sur les tirs mortels de policiers dont sont victimes des Noirs. Pourtant, en nombre absolu, il y a plus de Blancs qui sont tués par des policiers aux États-Unis chaque année. Les statistiques indiquent que les Hispaniques sont victimes à presque même proportion que les Noirs. Reste qu’à écouter le discours de Black Lives Matter, on a l’impression qu’il n’y a que des Noirs qui se font abattre par la police. Certes, ils sont surreprésentés dans ces sombres statistiques en fonction de leur poids démographique, mais sont loin d’être les seules victimes.

Comme l’expliquait Mark Lutchman dans une vidéo devenue virale en 2020: « Les noirs représentent 13% de la population, mais commettent plus de 50% des crimes violents aux États-Unis. Plus spécifiquement, les hommes noirs, qui représentent 6% de la population, sont ceux qui commettent la majorité de ces crimes. Je ne suis pas mathématicien, mais si une catégorie démographique en particulier commet une si forte proportion des crimes, elle a plus de chances d’avoir des altercations avec la police, et malheureusement, certaines se soldant par la mort ».

On peut ainsi s’interroger sur la proportion de personnes racisées qui commettent des crimes dans le quartier Montréal Nord. Zone 43 est une gang criminalisée liée à la communauté noire montréalaise active dans le secteur et décrite comme ayant une forte présence de jeunes d’origine haïtienne ou afro-caribéenne. Leurs principaux rivaux, les Profit Boyz, qui constituent un autre groupe à origine haïtienne dominante, sont également actifs à Montréal Nord et Rivière des Prairies. C’est une réalité qui n’excuse pas d’éventuels abus policiers, mais qu’il faut reconnaître lorsqu’on considère les interventions du service de police dans le secteur.

Cette affaire met en lumière un équilibre difficile à trouver, qui exige à la fois une tolérance zéro envers les abus policiers et un regard lucide sur les sources de la violence dans certains quartiers sensibles. Transformer les fautes individuelles en condamnation générale de tout le corps policier, tout en occultant la réalité de la criminalité de rue dans des quartiers comme Montréal-Nord, relève d’une posture politique réfractaire à la police plus que d’une quête de justice. Tant que le débat restera prisonnier d’une lecture exclusivement raciale et idéologique, il sera impossible d’améliorer les relations entre la police et les communautés. La priorisation des initiatives liées à la diversité et l’inclusion sur la lutte de terrain contre la criminalité et les gangs de rue ne peut qu’apporter une dégradation de la sécurité des citoyens.

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