Après des décennies de wokisme dans les Forces Armées Canadiennes, ce sont quelques cas marginaux d’extrémisme qui inquiètent le commandement

Le lieutenant-général Mike Wright, commandant de l’Armée canadienne, se dit aujourd’hui « livide ». Ce qui le choque ? Non pas l’effondrement du recrutement, la désuétude de l’équipement, ou les taux alarmants d’obésité dans les rangs. Non : ce qui le met « en colère », selon ses mots rapportés par CBC le 31 juillet, ce sont deux controverses récentes — certes troublantes, mais anecdotiques — qui détourneraient l’attention de la nécessaire modernisation des Forces : une cellule extrémiste présumée au Québec et un groupe Facebook privé rempli de propos immondes.

Que ces comportements soient sanctionnés, personne ne s’y oppose. Que la constitution d’une milice parallèle par des soldats actifs mérite d’être jugée avec rigueur, cela va de soi. La légitimité de l’État repose précisément sur le monopole de la violence, et aucune dérive armée, aussi marginale soit-elle, ne peut être tolérée.

Mais une question demeure : est-ce vraiment ce genre d’incidents — isolés, encadrés, et déjà pris en charge par les autorités policières — qui érodent profondément la confiance du public envers les Forces armées canadiennes ? Ou est-ce plutôt l’image persistante d’une armée qui semble, depuis vingt ans, plus enthousiaste à agiter le drapeau LGBTQ+ que celui du Canada?

Une armée obsédée par l’image, mais en perte d’âme

Depuis des années, les hauts gradés militaires multiplient les gestes symboliques : affichage de drapeaux arc-en-ciel, journées de la diversité, séminaires de sensibilisation à la lutte contre l’« hétéronormativité » ou la « blancheur institutionnelle ». La Revue militaire canadienne s’est convertie en organe de diffusion d’une certaine pensée critique identitaire, accusant implicitement l’armée d’être coloniale, raciste, sexiste… en somme, indigne de son propre passé.

Qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas de nier que l’armée doive demeurer exemplaire dans son traitement des femmes, des minorités ou des nouveaux Canadiens. Mais entre reconnaître des enjeux réels et réécrire la nature même de la fonction militaire, il y a un gouffre. Une armée n’est pas un campus. Son objectif n’est pas de refléter la société dans toute sa complexité sociologique, mais de remplir une mission structurée, hiérarchique, parfois brutale, où la cohésion l’emporte sur l’individualité.

Le public ne perd pas confiance parce que quatre soldats égarés ont partagé des mèmes crasses ou rêvé d’un maquis fictif dans le bois. Il perd confiance parce qu’il voit une institution jadis fière d’elle-même s’auto-flageller, négliger ses effectifs, saboter sa propre image… et repousser ses recrues naturelles — jeunes hommes enracinés, souvent ruraux, patriotes, cherchant à se dépasser.

Le vrai scandale est silencieux

Le taux d’obésité dans les Forces canadiennes atteint aujourd’hui 72 % selon les données internes dévoilées en janvier dernier. Les désertions précoces explosent. Les recrues attendent des mois avant d’avoir accès à leur formation de base. L’équipement est vétuste. Les vétérans, usés, quittent en silence. Et face à cette hémorragie, que propose le commandement ? Une stratégie de rétention fantôme, un élargissement des critères médicaux, et la distribution de produits menstruels dans toutes les toilettes, y compris celles des hommes, pour mieux « refléter la diversité ».

Encore une fois, rien de cela n’est nécessairement ridicule en soi. Ce qui l’est, c’est de présenter ces microgestes comme des priorités alors que l’essentiel — l’efficacité, la combativité, la force de frappe, la fierté de servir — est relégué au second plan.

Il est aisé, pour un haut gradé, de pointer du doigt un groupe Facebook crasse et de dénoncer l’inaction morale de soldats qui n’auraient pas « dénoncé assez vite ». Il est moins confortable d’admettre que l’institution, elle-même, s’est souvent montrée incapable de se regarder en face. Car ce n’est pas tant la présence marginale d’éléments perturbateurs qui mine la confiance du public, mais bien la disparition du modèle qu’incarnait l’armée : celui d’une colonne vertébrale nationale, ferme, digne, silencieuse et utile.

Un retour à l’essentiel est possible

Il est temps de remettre les priorités à l’endroit. Une armée n’a pas besoin d’être purifiée. Elle a besoin d’être redéfinie — non pas sur le plan idéologique, mais stratégique. Elle doit pouvoir assumer son histoire, ses traditions, ses exigences propres, sans s’excuser d’exister. Elle doit attirer de nouveaux talents non pas par des affiches inclusives, mais par la promesse d’un engagement noble, exigeant, structurant.

La dérive n’est pas venue d’un groupe marginal de réservistes sur Facebook. Elle est venue d’en haut. Et tant que les commandants refuseront de regarder ce déséquilibre en face, ce ne sont pas les soldats qui trahiront l’institution — c’est l’institution qui trahira ses soldats.

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