Au Canada, expulser un criminel étranger peut prendre 16 ans

Dans un article incisif publié par Jamie Sarkonak dans le National Post, l’auteure raconte l’histoire de Gagandip Jhuty, un ressortissant indien qui aurait dû être expulsé du Canada en 2009 pour des antécédents criminels, mais qui a réussi à y rester pendant 16 années supplémentaires. La raison? L’Inde a tout simplement refusé de lui délivrer un passeport, document essentiel pour toute expulsion légale depuis le Canada. Ce cas met en lumière une faille grave du système canadien d’immigration et d’expulsion, qui devient impuissant dès qu’un pays étranger refuse de coopérer.

Jamie Sarkonak explique que Jhuty, après avoir été expulsé des États-Unis pour divers délits (dont vol, conduite désordonnée et agression), est entré illégalement au Canada en 2006 avec de faux documents. Il a alors demandé l’asile, mais son dossier a été rejeté pour cause de criminalité, entraînant une première décision de renvoi dès 2007. Toutefois, il aura fallu attendre 2025 pour que l’Inde délivre finalement un nouveau document de voyage, permettant enfin de planifier son expulsion.

Pendant ces années d’attente, Jhuty s’est établi au Canada, a fondé une entreprise et a vu sa famille, restée aux États-Unis, lui rendre visite régulièrement. En 2025, il a même tenté d’obtenir un sursis de cinq mois pour liquider ses affaires avant son renvoi. Son argument : une expulsion immédiate nuirait à la scolarité de ses enfants et entraînerait des pertes d’emplois. Mais la Cour fédérale a rejeté sa demande.

Sarkonak souligne que Jhuty n’est pas un cas isolé. Le Service des douanes et de la protection des frontières du Canada (CBSA) admet que plusieurs ressortissants étrangers restent indéfiniment au Canada à cause de problèmes de documentation. Les cinq pays les plus souvent responsables de ces blocages sont le Pakistan, le Bangladesh, l’Éthiopie, l’Algérie et le Ghana.

L’article met aussi en lumière d’autres cas inquiétants, comme celui de Lahi Abdi, un Somalien arrivé en 2003, reconnu coupable de multiples crimes violents, dont des agressions à l’arme blanche et des infractions liées aux armes à feu. Malgré une ordonnance de renvoi en 2020, il n’a toujours pas été expulsé, la Somalie n’ayant pas fourni les documents requis. En attendant, il est détenu dans un centre du CBSA, au frais des contribuables canadiens.

Autre exemple : Ankit Kundu, un Indien arrivé au Canada avec un permis d’études, reconnu coupable en 2019 d’avoir eu des contacts sexuels avec une mineure. Son expulsion a été retardée, une fois de plus, faute de documents valides.

Jamie Sarkonak critique vivement un système où les criminels peuvent multiplier les recours juridiques pendant des années, soutenus par un cadre légal trop permissif. Elle propose des mesures de rétorsion contre les pays non coopératifs, comme la suspension de visas. Elle suggère également une plus grande transparence du CBSA, qui devrait publier les données sur les déportations retardées et confirmer publiquement chaque expulsion réalisée.

En conclusion, l’auteure estime que la véritable cause du problème n’est pas l’incompétence des agents du CBSA, mais bien la mollesse politique et le cadre législatif canadien qui privilégie les procédures à l’infini, souvent au détriment de la sécurité publique.

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