La course à la chefferie de la CAQ est entamée. Selon le politologue André Lamoureux, Bernard Drainville est le candidat le plus solide à cause de son expérience politique et son nationalisme assumé.
Entretien
Simon Leduc : Que pensez-vous de la candidature de Christine Fréchette dans la course à la chefferie de la CAQ?
André Lamoureux : «Tout d’abord, elle n’est pas très nationaliste. Mme Fréchette était en faveur de l’immigration massive à la CAQ dans les dernières années. Elle ne représente pas l’aile identitaire de cette formation politique. Elle ne semble pas être très sensible à la laïcité, à l’identité québécoise et à l’immigration de masse. Elle n’a jamais abordé ces questions qui sont primordiales pour la nation québécoise. Maintenant, elle affirme soutenir la loi 21 sur la laïcité de l’État. Cette ministre caquiste ne s’est jamais prononcée avec passion pour la laïcité. Je n’ai pas vu Mme Fréchette faire de discours mobilisateurs sur l’importance de contrôler le nombre d’immigrants et de combattre l’immigration illégale. En aucun cas, elle n’a parlé de l’intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise. Donc, je ne la vois pas comme une personnalité flamboyante qui serait capable de mobiliser la population sur des enjeux liés au nationalisme. Je pense que c’est une faiblesse pour sa candidature.
D’autre part, elle donne l’image d’une femme posée qui fait bien son travail. Au sein du Conseil des ministres, Christine Fréchette ne fait pas beaucoup de vagues. Il n’y a jamais eu de controverse entourant son travail de ministre. Elle n’a pas mis le gouvernement dans l’embarras. Elle fait son boulot sans faire de bourdes et d’erreurs.
Également, elle donne l’impression d’être la candidate de l’establishment de la CAQ. Je trouve cela étrange que cette dernière ait parlé au chef de Cabinet du premier ministre Legault une semaine avant sa démission afin de lui annoncer sa candidature. Cela donne l’apparence d’être la favorite de la haute direction de la CAQ et cette dernière veut contrecarrer son adversaire Bernard Drainville. Je trouve que c’est inéquitable pour son opposant.»
Est-ce que Bernard Drainville ferait un meilleur leader pour la CAQ que son adversaire?
André Lamoureux : «Ce dernier est un homme très articulé, intelligent et nuancé. Il est capable de faire de bons discours politiques et de mobiliser les Québécois sur des sujets comme la laïcité. Il y a une grande expérience politique. Comme ministre, il a défendu ardemment le caractère laïc du Québec. Il aborde les sujets politiques avec beaucoup de nuance. Bernard Drainville a une capacité de réfléchir en profondeur sur des enjeux importants. Il a été ministre dans le gouvernement de Pauline Marois de 2012 à 2014. Celui-ci a mis en place des politiques pour améliorer le fonctionnement des institutions démocratiques. Il a réformé la loi électorale (par exemple, la tenue des élections à date fixe et l’instauration du vote sur les campus universitaires) et il a fait baisser les contributions politiques à 100$ maximum par personne. Il a aussi présenté une ambitieuse loi sur la laïcité de l’État qui fut appelée la Charte des valeurs. Son bilan en matière de réforme démocratique et la participation citoyenne est très solide. Ce dernier est le candidat de l’identité et du nationalisme.
Subséquemment, M. Drainville a combattu fortement l’islamisme radical dans le dossier de l’école Bedford. En 2025, ce dernier a mené une rude bataille contre l’entrisme islamique. Ce fut un dossier absolument essentiel pour le Québec. L’aspirant premier ministre ne veut pas que l’islamisme politique s’implante dans la Belle province. À mes yeux, Bernard Dranville est un candidat plus solide que Christine Fréchette.»
Pensez-vous que Bernard Drainville serait un adversaire redoutable à Paul St-Pierre Plamondon.
André Lamoureux : «Sur la question, Bernard Drainville serait un opposant solide à PSPP. J’estime que le déclenchement d’un troisième référendum sur la souveraineté du Québec serait une erreur car les chances d’un autre revers du OUI sont élevées. Je vais prendre l’exemple d’un match de hockey. Les souverainistes ont perdu la première période (le 20 mai 1980) et ils sont venus près de l’emporter lors de la deuxième période (le 30 octobre 1995). Le Québec ne peut pas se permettre de perdre la troisième période, car cela affaiblirait la nation québécoise. Cela serait irresponsable d’agir de la sorte de la part du PQ. Je pense qu’une troisième défaite causerait la fermeture du dossier de l’indépendance pour un bon moment. De plus, le gouvernement fédéral profiterait de la situation pour attaquer le Québec sur le plan identitaire. Il y aurait probablement une remise en question de ses prérogatives, un recul du partage des compétences et de son caractère distinct et laïc.
Bernard Drainville devrait utiliser cet argument pour attaquer PSPP sur le plan de la question nationale. Ce dernier pourrait proposer un programme nationaliste qui serait plus près des préoccupations des nationalistes québécois. Le Québec ne veut pas permettre une troisième défaite référendaire. Je ne comprends pas que le chef du PQ ne réalise pas cet état de fait. Par contre, je pense que M. Drainville est conscient de ce danger et c’est pour cela qu’il prône un nationalisme assumé.
La ferveur indépendantiste serait susceptible de réapparaitre si le gouvernement fédéral invalide les législations identitaires québécoises comme la loi 21 sur la laïcité de l’État. Dans ce scénario, une majorité de Québécois soutiendrait le camp souverainiste. Il aurait une réelle chance de remporter la victoire lors d’un troisième référendum. Mais, ce n’est pas le cas actuellement et PSPP devrait le réaliser.»



