Blanche-Neige : le révisionnisme de Disney frappe son Waterloo ?

Après des années de controverses wokes entourant son tournage et son actrice principale, Rachel Zegler, le nouveau Blanche-Neige de Disney est finalement sorti la semaine dernière, et la réception des critiques et du public est catastrophique. C’est même devenu le film le moins bien côté de l’histoire du site IMDb, à 2.1 sur 10. Blanche-Neige s’inscrit ainsi comme un ultime échec d’une production woke révisionniste en cette ère où les corporations abandonnent progressivement les politiques EDI.

Une saga woke de A à Z

Le tournage controversé de Blanche-Neige a occasionné toute une saga qui dure depuis près de deux ans ; les appréhensions étaient déjà très fortes avant même que le film ne sorte. En 2022, lors d’un tapis rouge, Rachel Zegler, accompagnée de Gal Gadot, avait exprimé un profond mépris pour le film de 1937, affirmant que Blanche-Neige ne serait pas « sauvée par un prince », ajoutant qu’il était un « stalker ». Elle déclarait alors que Blanche-Neige serait plutôt appellée à devenir la « femme forte qu’elle est destinée à être ». Pour ajouter l’insulte à l’injure, elle avait alors expliqué que le film original était daté et qu’il ne reflétait pas les valeurs modernes (« Nous ne sommes plus en 1937). Ces déclarations ont provoqué une levée de boucliers, beaucoup y voyant un dédain injustifié pour un chef-d’œuvre intemporel.

Ensuite, ce fut au tour de Peter Dinklage de s’en mêler. L’acteur de Game of Thrones a critiqué la représentation des sept nains dans l’histoire originale, estimant que leur présence perpétuait des stéréotypes offensants. Suite à cette polémique, Disney a annoncé que les nains seraient remplacés par des « créatures magiques » jouées par un casting bigarré. Des photos du tournage montrant un groupe d’individus d’origines diverses, habillés de manière anachronique et disparate, ont renforcé la perception d’un projet déconnecté de son propre univers.

Ironiquement, cette décision a privé sept acteurs nains d’un rôle de premier plan dans un film Disney, soulevant de nombreuses critiques. D’ailleurs, notons que les nains de Blanche-Neige sont présentés de manière très positive et même héroïque lors de leur combat contre la sorcière dans le film de 1937 : il n’y avait pas de raison de s’en offusquer.

Le film de 1937 : une vision intemporelle de l’amour courtois

L’œuvre originale de 1937 dépeint une Allemagne médiévale idyllique, où l’osmose entre Blanche-Neige et la nature offre une esthétique à couper le souffle. L’histoire est volontairement simple et efficace : Blanche-Neige fuit la jalousie meurtrière de la Reine et trouve refuge chez les nains, qui deviennent ses valeureux protecteurs. Les dialogues et intrigues sont plutôt limités, mettant en avant l’innocence et la pureté des sentiments. Le « vrai amour » y est présenté sous la forme la plus pure de l’amour courtois. La jalousie d’une femme vieillissante envers la beauté juvénile est un thème universel et intemporel.

Le prince, déjà discret dans la version originale, était surtout un symbole du dénouement heureux plutôt qu’un personnage actif. Pourtant, ce n’était toujours pas suffisant pour Disney et Zegler, qui ont voulu réécrire le conte à leur manière.

Les modifications du film de 2025 : une refonte superflue

L’esthétique du film est hétérogène, oscillant entre des décors saturés et un réalisme grisâtre, loin de la simplicité limpide du film de 1937. Mais les véritables changements concernent le fond du récit :

  • Blanche-Neige n’a plus « la peau blanche comme la neige, les lèvres rouges comme le sang et les yeux et les cheveux noirs comme l’ébène ». En soi, ce n’est pas vraiment grave ; Disney a déjà fait pire, comme avec Ariel, passée de rousse à noire. Mais Rachel Zegler a tant semblé insister sur son identité latine comme un pied de nez aux critiques que ça en est devenu irritant.
  • Le casting global du film rappelle davantage Toronto ou Manhattan que la Bavière médiévale. Par exemple, le chasseur a été repensé sous les traits d’un acteur noir.
  • La jalousie de la Reine est carrément incohérente : Gal Gadot, largement considérée comme plus belle que Zegler, ne semble pas avoir de raison valable d’envier Blanche-Neige.
  • Le prince charmant a été remplacé par un brigand, accentuant la volonté de faire de Blanche-Neige une « girl boss » tout en diminuant la figure masculine.
  • Le conte n’est plus une histoire d’amour, mais un récit de reconquête politique où Blanche-Neige revendique son trône « pour le peuple. »
  • Les « créatures magiques » reconnaissent Blanche-Neige comme princesse et lui obéissent d’emblée, contrairement à la version originale où elle faisait ménages et services par gratitude d’être hébergée.
  • Après avoir croqué la pomme, Blanche-Neige n’est plus déposée dans un cercueil de verre ornementé façonné avec amour par les nains, mais simplement déposée sur une roche en forêt.
  • Enfin, alors que l’histoire originale s’achève sur le réveil et l’union des amants, ici, Blanche-Neige poursuit sa lutte politique pendant 20 minutes supplémentaires pour « renverser » la Reine.

Le révisionnisme Disney en perte de vitesse

Ce résultat était prévisible. Blanche-Neige rejoint la liste des productions révisionnistes ratées telles que La Petite Sirène ou Assassin’s Creed Shadow. La désaffection du public envers ces réécritures suggère que l’ère du politiquement correct imposé touche à sa fin. Disney, en particulier, semble avoir appris sa leçon, comme en témoignent ses pertes financières sur ces films. Avec un budget estimé à plus de 250 millions de dollars, les recettes de sa sortie ne s’élèvent qu’à 43 millions. C’était là un naufrage prévisible.

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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