L’attaque meurtrière de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria a fait au moins 60 victimes, selon un reportage de Ruth Comerford pour BBC News. La journaliste explique que les assaillants ont frappé vendredi soir le village de Darul Jamal, situé à la frontière entre le Nigeria et le Cameroun, où se trouve également une base militaire. Cinq soldats nigérians ont été tués lors du raid.
Ruth Comerford rapporte que l’armée de l’air nigériane a répliqué en lançant des frappes aériennes qui ont tué une trentaine de combattants jihadistes. Selon le porte-parole de l’armée de l’air, Ehimen Ejodame, les opérations de surveillance avaient repéré les militants fuyant vers des zones boisées proches. « Dans une série de trois frappes précises et successives, les terroristes en fuite ont été neutralisés », a-t-il affirmé.
La BBC souligne que l’attaque survient dans un contexte de regain d’activité jihadiste dans le nord-est du pays, où Boko Haram mais aussi la branche ouest-africaine de l’État islamique multiplient les assauts. Reuters précise que plus de vingt maisons et une dizaine de bus ont été détruits à Darul Jamal, et qu’au moins treize chauffeurs et ouvriers travaillant à la reconstruction du village ont été exécutés.
En visite sur les lieux samedi, le gouverneur de l’État de Borno, Babagana Zulum, a exprimé sa consternation. « C’est très triste, cette communauté avait été réinstallée il y a quelques mois et ses habitants reprenaient une vie normale », a-t-il confié à l’AFP. Il a également reconnu que l’armée nigériane ne disposait pas d’effectifs suffisants pour maîtriser la situation. Pour renforcer la sécurité, il a annoncé la création d’une nouvelle force, les Forest Guards, destinée à épauler les militaires.
Comme le rappelle Ruth Comerford, l’État de Borno reste l’épicentre d’une insurrection qui dure depuis 15 ans. Boko Haram, qui avait atteint son apogée en 2015 en contrôlant de vastes territoires, a déjà causé plus de 40 000 morts et forcé plus de deux millions de personnes à fuir. En avril dernier, le gouverneur Zulum avait déjà averti que le groupe terroriste reprenait du terrain, après une série d’attaques et la prise de contrôle de certaines zones.
Le conflit est devenu encore plus complexe après la décision du Niger voisin de retirer ses troupes de la force régionale censée lutter contre Boko Haram.
Le groupe islamiste est tristement connu sur la scène internationale depuis l’enlèvement de plus de 270 étudiantes à Chibok en avril 2014, un acte qui avait suscité une vague mondiale d’indignation. Aujourd’hui, malgré les efforts militaires nigérians, l’attaque de Darul Jamal montre que Boko Haram reste une menace redoutable pour la sécurité et la stabilité de la région.
Quinze ans de violence de Boko Haram (2009-2025)
• 2009 – Boko Haram lance une insurrection armée dans le nord-est du Nigeria. Le fondateur Mohamed Yusuf est tué par la police, mais le mouvement se radicalise davantage.
• 2010-2013 – Multiplication d’attentats, d’assassinats ciblés et d’attaques contre des villages, des églises et des bâtiments officiels. Le groupe gagne en puissance et recrute massivement.
• 2014 – Enlèvement de plus de 270 étudiantes à Chibok, qui choque le monde entier et attire une condamnation internationale. Boko Haram étend alors son contrôle territorial.
• 2015 – À son apogée, l’organisation contrôle de vastes zones de l’État de Borno et proclame son allégeance à l’État islamique. L’armée nigériane, soutenue par le Tchad, le Niger et le Cameroun, lance une vaste contre-offensive.
• 2016-2019 – Le groupe se scinde en deux factions : Boko Haram (dirigé par Abubakar Shekau jusqu’à sa mort en 2021) et l’ISWAP, branche ouest-africaine de l’État islamique. Les attaques continuent, ciblant villages, militaires et travailleurs humanitaires.
• 2020-2022 – Le conflit perdure malgré les opérations militaires. Shekau se suicide lors d’un affrontement avec l’ISWAP en 2021, mais cela ne met pas fin à la violence.
• 2023-2024 – Les attaques se poursuivent contre civils et forces de sécurité. Des zones entières restent dangereuses, forçant des millions de déplacés à vivre dans des camps.
• 2025 – Retour inquiétant de Boko Haram dans l’État de Borno. Le gouverneur Babagana Zulum avertit que le groupe regagne du terrain. L’attaque de Darul Jamal, en septembre, illustre cette résurgence avec plus de 60 morts en une nuit.



