BYD dépasse Ford : un basculement symbolique dans l’ordre automobile mondial

Le paysage automobile mondial connaît une transformation accélérée, portée par l’électrification et l’essor des constructeurs chinois. Un nouveau jalon vient d’être franchi : pour la première fois, le constructeur chinois BYD a dépassé l’américain Ford Motor Co en ventes mondiales, illustrant la montée en puissance continue des marques chinoises dans l’industrie automobile.

Une percée historique dans les ventes mondiales

Dans un article publié le 11 février 2026, les journalistes de Global Times rapportent que BYD a vendu environ 4,6 millions de véhicules en 2025, dépassant ainsi Ford pour la première fois.

Selon les données citées par le média, Ford a annoncé mardi (heure américaine) une baisse de près de 2 % de ses ventes mondiales en gros, à un peu moins de 4,4 millions d’unités. De son côté, BYD avait indiqué en janvier avoir écoulé environ 4,6 millions de véhicules en 2025.

Toujours selon Global Times, ce changement place BYD au sixième rang mondial des ventes automobiles, devant Ford. L’information, précise le journal, a également été rapportée par Bloomberg.

Un contexte favorable aux véhicules à énergie nouvelle

Dans une déclaration transmise au Global Times, BYD affirme que ses ventes annuelles de véhicules à énergie nouvelle (NEV) ont atteint 4,602 millions d’unités en 2025, consolidant ainsi sa position de plus grand fabricant mondial de NEV.

L’entreprise souligne également un jalon important : ses ventes à l’étranger ont dépassé pour la première fois le million d’unités en 2025. Selon le constructeur, cette progression s’appuie sur des « avantages systémiques » en matière d’électrification, d’intelligence embarquée, de gestion de la chaîne d’approvisionnement et de diversité de produits.

Toujours d’après Global Times, Bloomberg note que si les ventes de Ford ont progressé aux États-Unis, le constructeur a perdu du terrain en Europe et surtout en Chine, où des fabricants nationaux tels que Xiaomi Corp et Geely Automobile Holdings gagnent des parts de marché grâce à des véhicules électriques abordables et technologiquement avancés.

Des analyses chinoises : une évolution « logique »

Interrogé par Global Times, Cui Dongshu, secrétaire général de la China Passenger Car Association, estime que le dépassement de Ford par BYD n’a « rien de surprenant », les véhicules électriques chinois consolidant progressivement leur présence sur le marché mondial grâce à leur compétitivité technologique et à leur rapport qualité-prix.

De son côté, Zhang Xiang, secrétaire général de l’International Intelligent Vehicle Engineering Association, explique au journal que cette évolution correspond à la tendance structurelle du secteur : la croissance rapide des NEV contraste avec le recul du marché des véhicules à moteur thermique.

Selon l’analyse rapportée par Global Times, ce basculement reflète la transition mondiale vers l’électrification, où les constructeurs historiquement dominants doivent composer avec une nouvelle hiérarchie industrielle.

La réaction américaine : inquiétudes et autocritique

Le même jour, rapporte le journal en citant Nikkei Asia, le président-directeur général de Ford, Jim Farley, aurait qualifié l’industrie automobile chinoise de « wildcard » (facteur imprévisible) avec lequel tous les constructeurs doivent désormais compter.

Selon Nikkei Asia, Farley a affirmé que la combinaison d’une production à faible coût, soutenue par des subventions, et d’une demande intérieure jugée faible en Chine accentuerait la pression des exportations sur les marchés mondiaux.

Par ailleurs, Ford a déclaré une perte nette annuelle de 8,18 milliards de dollars, reconnaissant 15,9 milliards de dollars de pertes exceptionnelles liées à l’annulation de programmes de véhicules électriques.

Zhang Xiang, cité par Global Times, interprète ces déclarations comme une externalisation des faiblesses internes des constructeurs traditionnels américains, évoquant des hésitations stratégiques et une exécution déficiente dans la transition vers les NEV.

Cui Dongshu, toujours selon le média chinois, rejette l’idée que la compétitivité chinoise repose principalement sur les subventions, mettant plutôt en avant l’innovation technologique continue, la solidité de la chaîne d’approvisionnement et une concurrence intense sur le marché intérieur.

Une stratégie d’expansion internationale

L’article souligne également que le développement des NEV chinois s’inscrit, selon les experts interrogés, dans une logique « ouverte et coopérative ».

BYD a établi des bases de production à l’étranger, notamment au Brésil, en Thaïlande et en Hongrie. De son côté, Great Wall Motor a déployé un réseau mondial de recherche et développement couvrant l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord, intégrant développement de véhicules, composants clés, technologies d’énergie nouvelle et systèmes intelligents.

Zhang Xiang affirme, dans des propos rapportés par Global Times, que les produits NEV chinois constituent une contribution majeure au développement vert mondial, en proposant des véhicules abordables qui facilitent l’adoption massive des technologies propres.

Un tournant géo-industriel

Le dépassement de Ford par BYD dépasse la simple statistique annuelle. Il symbolise une recomposition plus large de l’industrie automobile mondiale, où la Chine n’est plus seulement un marché, mais un acteur structurant.

Comme le rapporte Global Times, cette évolution s’inscrit dans une dynamique de long terme : électrification rapide, intégration verticale des chaînes d’approvisionnement et internationalisation accélérée des marques chinoises.

Reste à savoir si cette tendance se consolidera face aux tensions commerciales, aux politiques industrielles occidentales et aux ajustements stratégiques des constructeurs historiques. Mais une chose apparaît claire à la lumière des données citées par le journal : l’équilibre mondial de l’automobile est en train de changer.

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