Alors que l’industrie automobile nord-américaine traverse une période difficile, les constructeurs chinois poursuivent leur expansion internationale à un rythme soutenu. Parmi eux, le géant BYD multiplie les initiatives pour renforcer sa présence hors de Chine. Selon un article publié par CarNewsChina, l’entreprise étudie désormais la possibilité de construire une usine de véhicules électriques au Canada — et pourrait même envisager l’acquisition d’un constructeur automobile traditionnel.
Une usine de BYD à l’étude au Canada
Dans un article publié le 13 mars 2026, le journaliste Adrian Leung rapporte pour CarNewsChina que BYD analyse actuellement la faisabilité d’implanter une usine de fabrication de véhicules électriques au Canada. L’information provient de déclarations faites par la vice-présidente exécutive de l’entreprise, Li Ke.
Selon Li Ke, BYD privilégie généralement la création d’installations entièrement détenues par l’entreprise plutôt que des coentreprises avec des partenaires locaux. Elle estime que ce modèle permet une meilleure efficacité opérationnelle et un contrôle accru sur les activités industrielles.
Cette approche pourrait toutefois entrer en tension avec la stratégie privilégiée par Ottawa. Comme le souligne Adrian Leung dans CarNewsChina, le gouvernement canadien encourage plutôt les partenariats industriels entre entreprises étrangères et acteurs locaux.
Le contexte réglementaire a néanmoins évolué récemment. Le Canada a introduit en 2024 des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois, mais prévoit désormais une exemption permettant l’importation de jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois par an. Cette ouverture partielle pourrait faciliter l’entrée graduelle de constructeurs comme BYD sur le marché canadien.
Une stratégie d’intégration verticale
L’expansion internationale de BYD s’appuie sur une stratégie industrielle très intégrée. Toujours selon les informations rapportées par Adrian Leung pour CarNewsChina, l’entreprise cherche à conserver un contrôle complet sur sa chaîne d’approvisionnement.
Li Ke a notamment confirmé que BYD produit en interne plusieurs technologies clés, dont la Blade Battery, un système de batterie propriétaire et une architecture de recharge ultra-rapide (« flash charging ») récemment introduite.
Ces innovations visent à renforcer la compétitivité du constructeur à un moment délicat. Les ventes de BYD auraient reculé de 36 % au cours des deux premiers mois de 2026, bien que l’entreprise ait tout de même livré 400 241 véhicules durant cette période.
Malgré ce ralentissement temporaire, le groupe demeure ambitieux à l’international. BYD vise 1,3 million de ventes hors de Chine d’ici 2026, notamment grâce à l’expansion de ses capacités de production en Europe et ailleurs.
L’hypothèse d’une acquisition dans l’automobile traditionnelle
Un autre élément notable évoqué par Li Ke concerne la possibilité d’acquérir un constructeur automobile existant.
Comme le rapporte CarNewsChina, la dirigeante a indiqué que BYD reste ouverte à l’achat d’un constructeur automobile historique, bien qu’aucune négociation ne soit actuellement en cours. Une telle acquisition pourrait offrir au groupe chinois un accès rapide à des infrastructures industrielles, à des réseaux de distribution et à des marques établies.
Li Ke a souligné que plusieurs constructeurs occidentaux — aux États-Unis, en Europe et au Japon — doivent aujourd’hui gérer une transition coûteuse entre deux modèles technologiques : les véhicules à moteur thermique et les véhicules électriques. Cette double structure industrielle représente un défi financier majeur.
À l’inverse, BYD se concentre principalement sur les véhicules électriques et hybrides, ce qui lui permet d’éviter certains coûts de transition.
Le précédent le plus souvent cité dans l’industrie demeure l’acquisition du constructeur suédois Volvo par le groupe chinois Geely il y a plus d’une décennie. Selon Adrian Leung, certaines entreprises occidentales comme Stellantis et Ford ont également exploré des partenariats technologiques avec des groupes chinois.
Une stratégie internationale contournant les États-Unis — avec des implications potentielles pour le Canada
L’expansion internationale de BYD se fait toutefois largement en contournant le marché américain. D’après les déclarations rapportées par CarNewsChina, la vice-présidente exécutive Li Ke estime que les conditions d’accès aux États-Unis demeurent « complexes », notamment en raison des droits de douane élevés imposés aux véhicules électriques chinois ainsi que des restrictions visant les technologies automobiles connectées.
Face à ces obstacles, le constructeur privilégie une stratégie d’implantation dans des marchés jugés plus ouverts à l’investissement industriel chinois.
L’entreprise développe déjà des capacités de production en Hongrie et étudie une expansion en Turquie. Elle applique également ce que ses dirigeants décrivent comme le « modèle brésilien », qui consiste à soutenir les ventes locales par des investissements directs dans les infrastructures de recharge et dans l’écosystème automobile.
Au Brésil, par exemple, le vice-président senior Alexandre Baldy a confirmé que BYD prévoit d’investir plus de 500 millions de reais (environ 97 millions de dollars américains) afin d’installer 1 000 stations de recharge ultra-rapide d’ici 2027, rapporte CarNewsChina.
Dans ce contexte, l’hypothèse d’une implantation industrielle au Canada pourrait soulever des enjeux géopolitiques plus larges. Une présence manufacturière importante d’un constructeur chinois à proximité du marché américain pourrait en effet susciter des inquiétudes à Washington, notamment dans le contexte des tensions commerciales persistantes autour des véhicules électriques chinois. Le Canada se trouverait alors dans une position délicate, pris entre l’attrait d’investissements industriels majeurs et les sensibilités économiques et stratégiques de son principal partenaire commercial.
Une possible entrée en Formule 1
Dans une perspective de visibilité mondiale, BYD étudie également des initiatives de marketing technologique. Li Ke a confirmé que l’entreprise analyse la possibilité d’entrer dans les grandes compétitions automobiles.
Selon les informations relayées par CarNewsChina, le constructeur examine notamment une participation à la Formule 1 ou aux courses d’endurance. Aucune décision finale n’a été prise, mais l’entreprise considère ces disciplines comme une vitrine pour son image de marque axée sur l’innovation.
Bloomberg, cité dans l’article, indique que BYD privilégierait l’acquisition d’une écurie existante plutôt que la création d’une nouvelle équipe.
Un test pour la politique industrielle canadienne
Si le projet d’usine au Canada devait se concrétiser, il marquerait un tournant important pour l’industrie automobile nord-américaine. Comme le souligne Adrian Leung dans CarNewsChina, une telle implantation pourrait devenir l’une des premières installations de véhicules électriques en Amérique du Nord entièrement détenues par un constructeur chinois.
Une telle perspective soulèverait des questions stratégiques importantes pour Ottawa. L’arrivée d’un acteur chinois dans un secteur aussi sensible que l’automobile électrique mettrait à l’épreuve la politique canadienne en matière d’investissement étranger dans les industries jugées stratégiques.
Elle pourrait également compliquer les relations économiques avec les États-Unis. Washington a adopté une ligne particulièrement ferme face aux véhicules électriques chinois, imposant des droits de douane élevés et diverses restrictions technologiques. L’installation d’un constructeur chinois au Canada — au cœur de l’espace industriel nord-américain — pourrait ainsi être perçue comme un contournement indirect de ces barrières commerciales.
Dans un contexte où les constructeurs occidentaux peinent encore à gérer la transition entre moteurs thermiques et véhicules électriques, l’expansion rapide de groupes chinois comme BYD souligne les tensions croissantes qui traversent l’industrie automobile mondiale.



