Un reportage de Ken MacGillivray et Sean Boynton publié par Global News révèle qu’un adolescent de la région de Calgary a été accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour créer des images d’exploitation sexuelle impliquant des mineures. L’enquête d’ALERT (Alberta Law Enforcement Response Team) indique que des photos de jeunes filles fréquentant plusieurs écoles secondaires auraient été récupérées en ligne, puis artificiellement « nudifiées » grâce à des logiciels capables de générer des corps nus réalistes à partir de simples portraits.
L’affaire a débuté en octobre 2025, lorsqu’un signalement concernant la présence de matériel d’abus sexuel d’enfants sur une plateforme sociale a été transmis à l’unité ICE (Internet Child Exploitation). Le 13 novembre, une perquisition menée dans une résidence de Calgary a permis la saisie de téléphones, d’une tablette et d’un ordinateur portable. Un jeune de 17 ans, dont l’identité est protégée en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, fait maintenant face à plusieurs chefs : production, possession et distribution de matériel sexuel mettant en scène des mineurs, ainsi que harcèlement criminel.
Les policiers décrivent un procédé inquiétant : l’auteur présumé aurait sélectionné des images publiques, par exemple sur TikTok ou Instagram, pour ensuite les transformer en représentations explicites impossibles à distinguer du réel. Cette capacité de l’IA à générer des faux nus crédibles est qualifiée de forme d’intimidation « extrêmement destructrice », particulièrement pour des adolescentes en pleine construction de leur identité, de leur rapport au corps et de leurs relations sociales.
Les familles des victimes ont été prises en charge dès le début de l’enquête afin d’obtenir un soutien psychologique et juridique. L’accusé a comparu en cour et a été libéré sous conditions strictes : pas de contact non supervisé avec des personnes de moins de 16 ans et interdiction d’utiliser des appareils connectés à Internet, sauf pour des raisons scolaires ou professionnelles.
Les autorités demandent au public de ne jamais partager ce type d’images et de signaler immédiatement toute situation similaire. Elles rappellent que ces pratiques, parfois perçues comme des « blagues » ou des expérimentations technologiques, constituent en réalité des crimes et peuvent causer des traumatismes profonds.
Ce dossier survient au moment où les avertissements sur les dérives de l’IA se multiplient. Les organismes canadiens spécialisés en cybersécurité notent une hausse marquée des crimes facilités par l’IA depuis son explosion dans le grand public en 2022. Les cas se sont enchaînés : sextorsion de mineurs, production de deepfakes pornographiques, manipulation d’images d’enfants, et même incitations à des comportements dangereux via des chatbots. Les forces policières craignent que sans intervention législative rapide, le volume de matériel généré artificiellement dépasse leur capacité d’intervention.
Ottawa prépare d’ailleurs un projet de loi portant notamment sur les préjudices en ligne et la protection des mineurs face aux outils d’IA. Aux États-Unis, des mesures similaires criminalisant les deepfakes non consensuels ont déjà été adoptées, forçant les plateformes à retirer rapidement ce type de contenu.
Plus qu’un incident isolé, cette affaire en Alberta illustre une tendance lourde : l’émergence d’une nouvelle forme d’exploitation numérique, où l’IA devient un outil de harcèlement, d’humiliation et de violence psychologique envers les plus jeunes.



