Le pape Léon XIV a canonisé dimanche deux figures emblématiques de la jeunesse catholique : Carlo Acutis, adolescent italien décédé en 2006 à l’âge de 15 ans, et Pier Giorgio Frassati, jeune Turinois mort en 1925 à 24 ans. Comme l’explique Nicole Winfield pour l’Associated Press, la cérémonie s’est tenue sur la place Saint-Pierre, devant près de 80 000 fidèles, marquant la première messe de canonisation du nouveau pontificat.
Carlo Acutis, surnommé « l’influenceur de Dieu », est devenu le premier saint millénial de l’histoire de l’Église. Né en 1991 à Londres dans une famille aisée mais peu pratiquante, il grandit à Milan où il se distingue par une foi précoce et fervente. Passionné d’informatique, il conçoit un site web multilingue recensant les miracles eucharistiques reconnus par l’Église, un projet ambitieux réalisé alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Cette utilisation d’internet au service de la foi le rend particulièrement proche des jeunes générations.
Un trait marquant de sa vie, souligne l’Associated Press, fut sa discipline face aux jeux vidéo : Carlo s’était imposé une limite stricte d’une heure par semaine. Pour lui, la prière, l’Eucharistie et les relations humaines primaient sur les loisirs virtuels. Ce choix, bien avant l’essor de TikTok ou des jeux en ligne massifs, résonne fortement aujourd’hui, à une époque où l’addiction aux écrans inquiète éducateurs, parents et responsables religieux. Le pape Léon XIV a insisté dans son homélie sur le fait que « le plus grand risque de la vie est de la gaspiller en dehors du plan de Dieu ». La sobriété numérique de Carlo illustre ce message : la technologie peut être un outil, mais elle ne doit jamais devenir une fin.
Carlo meurt en octobre 2006, quelques jours après avoir été diagnostiqué d’une leucémie foudroyante. Il repose à Assise, vêtu de jeans, de baskets Nike et d’un chandail. Depuis, des millions de pèlerins se rendent à son tombeau vitré, où il semble dormir. Sa figure incarne pour beaucoup une sainteté moderne, accessible et proche de la vie ordinaire.
Aux côtés de Carlo, le pape Léon XIV a canonisé Pier Giorgio Frassati, surnommé par Jean-Paul II « l’homme des Béatitudes ». Né en 1901 à Turin dans une famille influente — son père était fondateur du quotidien La Stampa — Pier Giorgio mena une vie simple, joyeuse et tournée vers les autres. Étudiant en ingénierie minière, il choisit ce domaine pour partager la condition des ouvriers. Très engagé dans l’Action catholique, il consacrait son temps libre à visiter les malades, aider les pauvres et soutenir discrètement ceux qui souffraient.
Sportif passionné de montagne, il associait son amour de la nature à une foi profonde et fraternelle. En juin 1925, il contracta une poliomyélite, probablement au contact des malades qu’il visitait, et mourut en quelques jours à 24 ans. Ses funérailles attirèrent une foule immense de pauvres et d’ouvriers qui l’avaient connu comme un ami et un bienfaiteur.
La canonisation conjointe de Carlo et de Pier Giorgio illustre deux manières complémentaires de vivre la sainteté dans la jeunesse. Comme l’explique l’Associated Press, Carlo représente la réponse spirituelle aux défis du numérique : utiliser la technologie pour témoigner de sa foi tout en évitant l’addiction. Pier Giorgio, de son côté, incarne la réponse aux tentations de l’indifférence sociale : mettre ses talents et son énergie au service des plus vulnérables, avec joie et fraternité.
Tous deux montrent que la sainteté n’est pas réservée aux religieux ou aux vies extraordinaires, mais qu’elle peut naître dans l’ordinaire, lorsqu’il est vécu dans l’amour de Dieu et des autres. Leur canonisation, qui avait été reportée après la mort du pape François en avril, répond au désir de l’Église d’offrir aux jeunes des modèles incarnés et accessibles.
Pour Matthew Schmalz, professeur de sciences religieuses au Holy Cross College, cité par l’Associated Press, Carlo Acutis devient « un modèle de la manière dont les catholiques devraient aborder le monde numérique, avec discipline et une spiritualité intemporelle ». Pier Giorgio Frassati, quant à lui, reste l’exemple d’une vie enracinée dans la charité et le partage, au cœur même de la modernité industrielle de son époque.
Ainsi, avec Carlo et Pier Giorgio, l’Église catholique propose aux jeunes d’hier et d’aujourd’hui deux figures lumineuses : un adolescent de l’ère numérique et un étudiant alpiniste du début du XXe siècle, tous deux rappelant que la jeunesse peut être un chemin de sainteté, de simplicité et de profondeur spirituelle.



