Dans une analyse publiée par le Fraser Institute, Jake Fuss établit un parallèle entre les récentes déclarations du premier ministre Mark Carney et le concept de « double pensée » décrit par George Orwell dans son roman dystopique 1984. Orwell y décrivait un univers où l’on accepte simultanément deux idées contradictoires. Fuss estime que le chef du gouvernement illustre parfaitement ce procédé en annonçant que son premier budget fédéral, prévu pour octobre, se concentrera à la fois sur « l’austérité et les investissements ».
L’auteur explique qu’il s’agit là d’une contradiction flagrante : l’austérité signifie réduire les dépenses de l’État, alors que l’investissement suppose au contraire de les accroître. Selon lui, cette rhétorique brouille le débat sur la véritable orientation des finances publiques canadiennes.
Jake Fuss rappelle que Mark Carney a sévèrement critiqué son prédécesseur pour la croissance jugée insoutenable des dépenses fédérales, tout en présentant un programme encore plus ambitieux. En effet, les projections de son parti indiquent une hausse des dépenses à 533,3 milliards de dollars cette année, soit davantage que les 504,1 milliards prévus par le gouvernement Trudeau. D’ici 2028-2029, les libéraux de Carney envisagent 566,4 milliards de dollars, un niveau supérieur à ce que l’ancien gouvernement avait projeté.
Fuss souligne aussi que Carney prévoit d’augmenter substantiellement le budget militaire, ce qui accentuerait encore la trajectoire haussière des finances fédérales. Bien que le premier ministre ait promis un « examen complet des dépenses » afin de réaliser des économies, plus de la moitié des postes budgétaires sont exclus de cet exercice, notamment les transferts aux individus et aux provinces pour la santé et les programmes sociaux. Pour l’auteur, ces restrictions signifient que le gouvernement ne réduira pas réellement ses dépenses, mais qu’il ralentira tout au plus la cadence des hausses annuelles.
En matière d’endettement, le constat est encore plus sévère. Jake Fuss note que le programme libéral prévoit d’emprunter 224,8 milliards de dollars, soit 93,4 milliards de plus que ce que planifiait le gouvernement Trudeau. Et cela, avant même d’intégrer les nouvelles dépenses militaires. L’auteur conclut que qualifier une telle politique d’austérité est abusif, car l’austérité suppose des compressions réelles, des déficits plus faibles et un retour tangible à l’équilibre budgétaire. Or, tout indique que les déficits de Carney dépasseront ceux de son prédécesseur et que le chemin vers l’équilibre budgétaire demeurera incertain.
En somme, Jake Fuss avertit que le budget d’octobre, loin d’apporter une clarification, risque de recourir encore à ce qu’il appelle la « double pensée » : vanter des mesures d’austérité tout en augmentant les dépenses et l’endettement sous couvert d’« investissements ».



