Ces objets que l’on adore pour ensuite les jeter : Labubu, Stanley, matcha et autres modes d’Instagram

Les figurines Labubu, les gobelets Stanley et la poudre de matcha n’ont rien en commun en apparence. L’un est un jouet au sourire démoniaque, l’autre un accessoire de pseudo-écologie, le dernier une boisson branchée censée remplacer le café. Mais ils racontent tous la même chose : notre époque est celle du caprice mondialisé, du gadget vite vu, vite acheté, vite oublié. Et surtout, du déni écologique.

« Labubu » : un petit monstre en plastique qui est déjà en train de passer de mode

Commençons par Labubu, cette étrange créature mi-gobelin, mi-marsupilami, surgie de Hong Kong. Vendue à l’aveugle dans des blind boxes, la figurine est devenue un objet fétiche de la jeunesse TikTok : collection, spéculation, échanges frénétiques.

Mais que fabrique-t-on, au fond ? Des millions de figurines en plastique (ABS, PVC, polyester), emballées trois fois, souvent jetées dès qu’un nouveau modèle sort. C’est de la pollution émotionnelle : un attachement factice, fondé sur la rareté artificielle, qui se termine dans une poubelle ou une revente. Un symbole parfait de notre culture du déchet parfaitement assumée.

Stanley : la tasse « durable » qui produit plus de déchets qu’elle n’en sauve

Ls gourdes Stanley, autrefois icônes du plein air et de longévité, sont devenues des objets de collection éphémères. Couleurs pastels, éditions limitées, files d’attente dans les Wal-Mart, revente sur eBay.

La gourde censée réduire les déchets est devenue un objet que l’on accumule par dizaines. Or, produire une seule tasse Stanley en inox consomme sept fois plus d’énergie qu’un gobelet en plastique. Acheter dix modèles, c’est donc agir contre l’environnement au nom de l’environnement. La boucle est bouclée. Et déjà, on en parle au passé : la mode Stanley se meurt, remplacée par d’autres folies passagères qui disparaîtront aussitôt.

Le matcha : poudre verte miraculeuse à la réalité amère

Même logique avec le matcha, thé japonais haut de gamme devenu le carburant des influenceuses et des cafés branchés. En apparence, c’est santé, zen, nature. En réalité, c’est une industrie agricole sous pression : plantations intensives, effondrement des prix pour les producteurs, emballages individuels à usage unique. Le greenwashing en sachet.

Le Devoir le rapportait récemment : même les producteurs japonais n’en peuvent plus de cette demande occidentale irrationnelle qui transforme un produit traditionnel en marchandise instagrammable. Le matcha est à la sobriété ce que Labubu est à l’art : un simulacre.

Ce qu’on ne dit jamais

Ce qui est frappant dans ces tendances, c’est le silence autour de leur impact écologique. On parle des pétrolières, des pipelines, des avions – mais jamais des milliers de petits gestes quotidiens, industrialisés, répétés à l’échelle mondiale : un Labubu ici, une tasse Stanley là, un matcha latté plus loin.

Ce sont pourtant ces gestes qui rendent le système insoutenable. Chaque mode, chaque « craze » passagère crée sa propre empreinte : plastique, transport, énergie, déchets, surexploitation agricole. Et personne n’en parle, car ça ne fait pas de belles affiches pour les COP. On blâme les pétrolières, mais combien de déchets sont produits inutilement chaque seconde dans le monde ? Qui iront s’entasser avec les autres dans les sites d’enfouissements ?

Une société du jetable, même dans le durable

Le plus ironique ? Même les objets dits « durables » (les gourdes, les tasses réutilisables) sont devenus jetables par usage. On ne les achète pas pour durer. On les collectionne pour paraître. La durabilité est devenue un déguisement pour consommer encore plus.

Une tendance qui en dit long sur notre époque de folie ordinaire

Ces modes – Labubu, Stanley, matcha – ne sont pas de simples caprices inoffensifs. Elles sont le reflet d’une époque où la moindre impulsion devient une tendance mondiale, où le désir individuel est aussitôt converti en production massive, puis en déchets. Et après, on vient nous parler à Radio-Canada de décroissance, de sobriété heureuse ?

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