Chères plateformes web, épargnez les médias alternatifs des politiques stupides du gouvernement canadien

Pour un rare fois depuis des années, les médias alternatifs et créateurs de contenu au Canada soutenaient unanimement les plateformes web dans leur lutte contre les projets de loi C-11 et C-18 du gouvernement canadien. Ils reconnaissaient d’emblée que ces lois intrusives, qui visent à subordonner les algorithmes du web aux normes du CRTC et soutirer aux plateformes web de l’argent pour engraisser les grands médias, étaient inacceptables, illégitimes et viendraient détruire l’écosystème du web. Malgré des années de méfiance et de controverses autour de la censure et du « shadowbanning », les médias web et créateurs de contenus ont tout de même soutenu Google et Meta dans cet enjeu.

Ainsi, j’ose faire cette demande : dans votre blocage imminent des contenus d’actualité, épargnez les médias alternatifs et petits créateurs qui respectent et défendent corps et âme votre modèle de monétisation. Ils n’ont pas à payer pour les lois stupides de leur gouvernement et l’avarice d’empires médiatiques déçus par des années de migration publicitaire sur le web.

Les médias alternatifs et créateurs de contenus ont été enfantés par les plateformes web ; le modèle de monétisation actuel, quoique perfectible, notamment en ce qui a trait à la gestion de droits d’auteurs, leur convenait très bien. Le modèle algorithmique, quoiqu’encore perfectible, notamment en ce qui a trait à la censure arbitraire, leur convenait aussi très bien et leur permettait de lutter d’égal à égal avec les grands médias subventionnés.

Ce sont ces créateurs que les plateformes web devraient protéger à tout prix : ils sont la manifestation en chair et en os de leur succès, le visage des promesses d’indépendance et d’émancipation de la culture web.

Évidemment, on entendra toujours les railleries contre les influenceurs et les accusations de désinformations par les médias indépendants. On notera aussi une forte corporatisation du web depuis quelques années, les grandes plateformes se détournant des petits créateurs de contenus pour offrir du contenu de plus grosses boîtes de production. Néanmoins, les plateformes web devraient avoir la décence de reconnaître les petits créateurs qui ont propulsé leur succès initial.

En tant que créateurs indépendants, il faudra pour notre part en venir à reconnaître que derrière toutes les politiques et réglementations liberticides des plateformes web, il y a la main de l’État, qui a constamment fait monter la pression politique pour modifier les algorithmes et les processus de modération.

Il faudra aussi reconnaître que derrière toutes les accusations de désinformation sur internet, il y a la main d’empires médiatiques subventionnés qui sont en guerre totale pour récupérer leurs revenus publicitaires perdus au profit du web. Accuser le web, les petits créateurs et les médias alternatifs de désinformation a toujours été une manière de présenter les placements publicitaires sur le web comme « risqués » et ainsi, créer un levier de négociation.

Avec les lois C-11 et C-18 du gouvernement canadien, les médias alternatifs, qui n’ont rien demandé, seront les principales victimes. En utilisant le gouvernement pour réaffirmer leur prééminence sur le web et soutirer de l’argent à Google et Meta, les grands médias d’information ont court-circuité les algorithmes qui profitaient aux petits créateurs et sont en passe de ruiner le modèle de monétisation qui leur permettait de vivre.

S’il y a bien des gens opposés à C-11, C-18, le gouvernement et les grands médias, ce sont bien les petits créateurs et les médias indépendants. Logiquement, ils sont donc les alliés objectifs de Google et Meta dans cette lutte pour un internet libre.

Ainsi donc, chères plateformes, épargnez les créateurs de contenu et les médias alternatifs des conséquences funestes du projet de loi C-18. Nous n’appartenons pas à l’Organisation journalistique canadienne qualifiée, qui détermine avec qui vous auriez à négocier une monétisation préférentielle. Nous n’avons rien à obtenir de ces lois stupides. Nous acceptons d’emblée, et fièrement, même, le modèle de monétisation actuel qui nous a permis, dans la dernière décennie, de conquérir le monde de concert avec vous. Nous ne reconnaissons pas cette mise au pas par le gouvernement et voulons simplement continuer à contribuer à vos plateformes dans l’osmose qui a toujours caractérisé notre relation. Qui sait, nous pourrions vaincre ce gouvernement intrusif ensemble et renouer avec le rêve d’un internet libre et indépendant.

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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