Chris Wright dénonce la « catastrophe » du net zéro : vers une collision É.-U. vs UE sur l’énergie et le commerce

Dans un entretien accordé au Financial Times et repris par Tsvetana Paraskova pour Oilprice.com (10 septembre 2025), le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a qualifié les objectifs de neutralité carbone pour 2050 de « colossal train wreck », autrement dit une catastrophe totale. Selon lui, la politique du net zéro représenterait « un programme monstrueux d’appauvrissement humain », voué à l’échec. Ces propos, relayés également sur le compte officiel du département de l’Énergie sur X, s’inscrivent dans la ligne dure de l’administration Trump, qui a réaffirmé dès son retour au pouvoir sa volonté de rompre avec l’Accord de Paris.

Wright, ancien dirigeant du secteur pétrolier et gazier, a fait de la critique de l’agenda climatique une marque de fabrique depuis sa nomination. En avril dernier, lors d’un forum en Pologne, il dénonçait déjà ce qu’il appelait un « alarmisme climatique » réduisant la prospérité et la sécurité énergétique de l’Europe occidentale. Pour lui, « l’accessibilité énergétique est plus importante que la durabilité », rappelant que des millions de familles luttent pour payer leurs factures avant même de songer à la transition écologique.

La fracture transatlantique : commerce et climat en conflit

Paraskova souligne que ces déclarations interviennent à la veille d’un sommet gazier en Europe, où Wright doit rencontrer des responsables de l’Union européenne. Or, loin d’un rapprochement, Washington et Bruxelles semblent s’engager sur une voie de collision.

L’UE pousse des régulations ambitieuses comme la Corporate Sustainability Due Diligence Directive et le Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM), souvent appelé « taxe carbone aux frontières ». Ces mesures imposeront des pénalités ou taxes sur les produits à forte intensité carbone importés. Wright a averti que ces règles menacent directement l’accord commercial U.S.-UE sur l’énergie : « Ces régulations compromettent significativement la mise en œuvre de l’accord », a-t-il déclaré.

Des géants américains comme ExxonMobil font écho à ces inquiétudes. Son PDG Darren Woods dénonçait récemment des « pénalités écrasantes » imposées par les régulations européennes, appelant à une révision dans le cadre du dialogue transatlantique sur le commerce.

L’Agence internationale de l’énergie dans la ligne de mire

Au-delà de l’UE, le secrétaire Wright a aussi brandi la menace d’un retrait des États-Unis de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Selon ses propos rapportés par Paraskova, Washington « réformera l’AIE ou s’en retirera » si celle-ci ne revient pas à son rôle initial de prévision de la demande énergétique plutôt que de promotion de l’énergie verte.

Il juge « absurde » la prévision de l’AIE selon laquelle la demande pétrolière atteindra un pic cette décennie. Pour Wright, l’agence a délaissé sa mission de sécurité d’approvisionnement héritée de la crise pétrolière des années 1970 au profit d’une croisade idéologique en faveur du net zéro.

L’Europe au défi de ses choix énergétiques

Les critiques de Wright interviennent dans un contexte où l’Europe a massivement investi dans la transition énergétique. Paraskova rappelle que, sous Joe Biden, Washington s’était aligné sur l’agenda climatique européen. Le basculement actuel souligne donc un virage stratégique majeur.

Pour Wright, l’expérience européenne prouve que la priorité donnée à la décarbonation fragilise la sécurité énergétique et mine la prospérité. Le secrétaire américain estime que l’imposition « top-down » de politiques climatiques éloigne les sociétés de la réalité des besoins immédiats : des factures abordables, un accès fiable à l’énergie et une croissance économique soutenue.

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