Cinq ans d’« approvisionnement sécuritaire » en Colombie-Britannique : un échec sans données probantes ?

Cinq ans après l’introduction du programme dit d’« approvisionnement sécuritaire » en Colombie-Britannique, Claire Rattée, députée de Skeena et critique de l’opposition en matière de santé mentale et de dépendances, affirme que le gouvernement néo-démocrate a échoué à fournir des réponses claires aux questions essentielles. Dans son texte publié par le Times Colonist, elle souligne que ni les agences provinciales ni le ministère responsable n’ont produit de données concrètes permettant d’évaluer si la mesure a réellement sauvé des vies.

Comme l’explique Rattée, les questions les plus élémentaires demeurent sans réponse : le programme a-t-il réduit les décès par surdose ? A-t-il empêché de nouvelles dépendances aux opioïdes ? A-t-il créé des effets pervers par la revente et la circulation parallèle de médicaments ? Les jeunes et des personnes vulnérables ont-ils pu obtenir ces substances hors prescription ?

Pour la députée, l’absence d’évaluation n’est pas anodine. Elle considère que si la population voyait « le portrait complet », la confiance publique s’effondrerait. Elle parle d’une véritable « trahison » envers les familles endeuillées et les communautés touchées par ce qu’elle décrit comme une politique « fondée sur la foi aveugle plutôt que sur des preuves ».

Un point central soulevé par Rattée est le manque total de suivi. Elle déplore l’absence de système de surveillance provincial, de partage de données et de mécanismes permettant de détecter la revente de médicaments issus du programme. Elle cite un exemple simple et réaliste : rendre les comprimés distinctifs visuellement ou chimiquement afin que les coroners, policiers et médecins puissent les identifier en cas de surdose. Cette suggestion, qu’elle affirme avoir répétée à plusieurs reprises, a été rejetée par le gouvernement.

Selon elle, les informations disponibles grâce à des fuites, des dénonciateurs et des rapports locaux dressent un constat inquiétant. Dans certaines régions, la majorité des prescriptions de dilaudid (hydromorphone) ne sont même pas réclamées par les patients, mais comptées comme « distribuées » sans que l’on sache où elles aboutissent. Des médecins auraient signalé de nouveaux cas de dépendance liés à ces opioïdes détournés, parfois chez des jeunes ou des personnes qui n’avaient jamais consommé auparavant.

Les pharmacies, écrit Rattée, renouvelleraient parfois des doses massives sans réel suivi médical. Les services d’urgence et les ambulanciers rapportent une hausse des surdoses impliquant ces opioïdes pharmaceutiques. Certains patients décédés auraient explicitement mentionné avoir consommé de l’hydromorphone détourné. Pourtant, le gouvernement refuse toujours de reconnaître ce phénomène comme un risque systémique.

La crise touche aussi directement le monde du travail. La députée note que, selon le service du coroner de la Colombie-Britannique, 22 % des décès par drogues recensés en 2025 concernent des travailleurs du secteur des métiers spécialisés, du transport et de l’équipement. La Construction Foundation of B.C. souligne que plus de 80 % des travailleurs de la construction vivent des difficultés de santé mentale et que la consommation de substances y est presque deux fois plus élevée que la moyenne nationale.

Les premiers répondants, eux aussi, sont en détresse. Rattée rappelle que 30 % des ambulanciers seraient en congé ou en traitement pour des problèmes de santé mentale, et que le nombre de suicides dans leurs rangs augmente.

Pour l’auteure, l’approvisionnement sécuritaire ne répond donc pas aux critères d’une politique de réduction des méfaits responsable. Elle plaide pour des approches « compassionnelles et fondées sur des preuves », mais accompagnées de suivi, de transparence et d’une véritable porte de sortie vers des traitements. En l’état, insiste-t-elle, « inonder les communautés d’opioïdes puissants, sans structure ni stratégie de transition, n’est pas de la réduction des méfaits : c’est un échec des soins ».

Elle reproche au gouvernement de ne fournir aucune donnée longitudinale sur la transition éventuelle des usagers vers des programmes de rétablissement, ni de clarté sur la compatibilité du programme avec d’autres traitements comme la méthadone, le Suboxone ou les approches fondées sur l’abstinence. Pendant ce temps, les fonds destinés à la désintoxication restent insuffisants, les listes d’attente s’allongent et le logement avec soins intégrés demeure fragmenté.

Les familles, écrit-elle, se font dire que leurs proches ne peuvent pas être aidés, car toute intervention sous la loi sur la santé mentale est jugée « politiquement controversée ». Pour Rattée, ce n’est pas de la compassion, mais un abandon.

Elle conclut que le gouvernement a eu cinq ans pour corriger le tir, mais n’a livré que « de la communication et de l’autocongratulation » pendant que des vies se perdaient. Selon elle, le programme n’est pas une stratégie de santé publique, mais une expérience politique menée sans contrôle ni reddition de comptes. « Il est temps d’arrêter l’expansion, d’évaluer les dégâts et d’agir selon les preuves : cette politique a échoué », insiste-t-elle.

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