Le Québec a récemment assoupli sa trajectoire d’électrification automobile : l’objectif de 100 % de ventes de véhicules électriques en 2035 a discrètement glissé à 90 %, signe d’un réalisme frileux imposé par les contraintes économiques, technologiques et logistiques. La Colombie-Britannique, longtemps présentée comme la province la plus ambitieuse et la plus « progressiste » en matière climatique, suit désormais le même chemin. Ce recul, inattendu pour plusieurs observateurs, marque une rupture dans le récit dominant de la transition énergétique canadienne.
C’est ce que rapporte Wolfgang Depner, journaliste de La Presse Canadienne, dans un texte publié sur la plateforme Castanet.net, média de Kelowna, qui détaille un changement majeur de cap : Victoria abandonne purement et simplement son programme de rabais pour véhicules électriques et prépare une révision complète de son mandat imposant que tous les nouveaux véhicules vendus soient zéro émission d’ici 2035.
Une marche arrière assumée à Victoria
Selon les informations rapportées par Wolfgang Depner (La Presse Canadienne / Castanet), le ministre de l’Énergie de la Colombie-Britannique, Adrian Dix, a confirmé que l’objectif de 100 % de ventes de véhicules zéro émission en 2035, tout comme la cible intermédiaire de 90 % en 2030, ne tenait plus la route. Dix a parlé de cibles « non réalistes » et de rabais qui relèvent désormais, selon lui, de la responsabilité fédérale.
Le gouvernement néo-démocrate a donc mis fin au programme provincial, qui offrait jusqu’à 4 000 $ aux acheteurs de voitures électriques avant d’être suspendu en mai. Pour Dix, il était clair que ces incitatifs n’étaient jamais destinés à être permanents, et que l’harmonisation avec Ottawa deviendra la voie privilégiée.
Cette annonce s’inscrit aussi dans le contexte où le gouvernement fédéral lui-même révise ses propres mandats. Depner rappelle que Mark Carney, peu après son arrivée comme premier ministre, a suspendu en septembre le déploiement de l’obligation nationale pour 2026 et lancé un examen complet des cibles.
Des cibles revues, mais encore inconnues
Le ministre Dix, cité par La Presse Canadienne, insiste que les nouvelles cibles ne sont pas encore établies, puisque les révisions du plan CleanBC ne sont pas terminées et qu’Ottawa n’a pas dévoilé ses propres ajustements. L’objectif, selon lui, est de fixer des cibles « atteignables avec des efforts », et non des projections idéales fondées sur des souhaits.
Cette volonté de réalisme reflète une situation déjà documentée par le gouvernement lui-même. Depner rapporte qu’un rapport interne, rendu public par Energy Futures et obtenu ensuite par La Presse Canadienne, estimait que la cible de 90 % d’ici 2030 serait très difficile à atteindre. On y évoquait une stagnation de l’adoption des véhicules électriques, attribuable à plusieurs obstacles : prix d’achat, limites de l’infrastructure de recharge, changements de politiques et climat économique instable.
Les ventes stagnantes le confirment : les véhicules zéro émission représentaient 22,4 % des ventes en 2024, en léger recul par rapport à 22,7 % en 2023, malgré une progression spectaculaire depuis 2015.
Un transfert du fardeau financier vers Ottawa
Dans son reportage, Wolfgang Depner souligne que Dix n’hésite pas à pointer Ottawa du doigt. Il blâme notamment les tarifs imposés sur les véhicules chinois, qui contribueraient à augmenter artificiellement les prix pour les consommateurs. « Je laisse au gouvernement du Canada la gestion de notre relation complexe avec la République populaire de Chine », a déclaré Dix.
Le ministre affirme clairement que les rabais pour encourager l’achat de véhicules zéro émission relèvent désormais du fédéral, non de Victoria. La Colombie-Britannique concentrera plutôt ses efforts sur l’infrastructure.
Sur ce plan, Depner rapporte que la province revendique déjà 7 000 bornes publiques, et qu’elle vise à en atteindre 10 000 d’ici 2030. Mais cette stratégie, limitée aux infrastructures, constitue un pivot significatif : Victoria reconnaît que les incitatifs financiers ne font plus partie de sa boîte à outils.
Réactions du milieu automobile : soulagement et inquiétudes
Le président de la New Car Dealers Association of BC, Blair Qualey, dont la déclaration a été transmise aux médias par le ministère de l’Énergie, estime que ces mesures représentent des étapes « utiles » pour offrir un répit aux consommateurs et aux concessionnaires. Toutefois, il insiste sur le fait que la révision des mandats doit aborder la question centrale de l’abordabilité.
L’opposition conservatrice, citée également par Depner, voit dans cette marche arrière la confirmation que les cibles étaient irréalisables dès le départ. Le député Hon Chan, lui-même propriétaire d’un véhicule électrique, affirme que les ventes risquent de chuter de façon importante sans les rabais, et que l’annonce de Dix crée « confusion et incertitude » pour les concessionnaires, qui devront attendre des mois avant d’obtenir un nouveau cadre réglementaire clair.
Des ajustements réglementaires… mais pas de grands gestes
Le reportage de La Presse Canadienne souligne que Victoria prévoit malgré tout des « modifications réglementaires importantes ». Dix veut élargir la gamme de véhicules permettant aux constructeurs d’obtenir des crédits pour les ZEV, et créer un programme récompensant les manufacturiers qui facilitent l’accès au financement pour les acheteurs. Mais il tient à tempérer les attentes : ces mesures, dit-il, sont des « petites étapes », pas des leviers transformateurs.
Elles ne remplacent pas non plus les anciens rabais, qui avaient un effet concret et immédiat sur les ventes. Ottawa, lui, a déjà suspendu son propre programme de rabais en janvier. La responsabilité financière est devenue un jeu de ping-pong entre deux niveaux de gouvernement, pendant que les consommateurs absorbent l’incertitude.
Une transition énergétique qui se heurte au réel
Le récit de Wolfgang Depner publié sur Castanet.net montre clairement les fissures dans le modèle canadien de transition électrifiée. Deux provinces autrefois présentées comme locomotives — Québec par sa vision hydroélectrique, la Colombie-Britannique par son progressisme climatique — ont maintenant admis que leurs objectifs 2030-2035 ne sont plus tenables.
La stagnation des ventes, le coût élevé des véhicules, les limites d’infrastructures et les tensions géopolitiques autour des importations chinoises forcent un retour au pragmatisme. Ce virage pourrait annoncer une normalisation nationale : l’électrification demeure encouragée, mais les gouvernements n’osent plus promettre des échéances irréalistes ou financer indéfiniment des rabais coûteux.
La Colombie-Britannique devient ainsi un cas emblématique de ce que plusieurs analystes voyaient venir : une transition ralentie, réajustée, recentrée sur ce qui peut réellement être livré sur le terrain — et non sur ce qui fait bonne figure dans un plan climatique.



