Comprendre les mesures canadiennes contre les importations d’acier à bas prix

D’après un article de Ian Bickis publié par la Presse Canadienne dans le Toronto Sun le 18 juillet 2025

Le 16 juillet 2025, le premier ministre Mark Carney a annoncé un durcissement des règles entourant les importations d’acier, dans le but de protéger l’industrie canadienne face aux perturbations majeures du commerce mondial provoquées par les politiques industrielles agressives des États-Unis et de la Chine. Dans son article pour la Presse Canadienne, Ian Bickis détaille les enjeux et la portée de cette décision.

Qu’est-ce que le dumping?

Ian Bickis explique que le dumping survient lorsque des entreprises étrangères vendent des produits à des prix artificiellement bas, soit en dessous de leur coût de production réel, soit à des prix inférieurs à ceux pratiqués sur leur marché domestique. Ce phénomène peut s’expliquer par une stratégie de conquête de parts de marché, ou encore par la nécessité d’écouler un surplus de production.

Le dumping est souvent facilité par des subventions gouvernementales. Celles-ci peuvent se présenter sous forme directe — comme des aides financières — ou indirecte, par exemple via des prêts avantageux, un accès prioritaire au foncier ou des allègements fiscaux. Bien que de tels soutiens existent aussi au Canada, Bickis précise qu’ils deviennent problématiques lorsqu’ils faussent le commerce international en permettant une exportation massive à des prix injustement bas.

L’ampleur du problème pour le Canada

Selon les chiffres cités par Ian Bickis, les importations d’acier en provenance de l’étranger représentaient 19 % du marché canadien en 2014, contre 39 % en 2022, selon l’Association canadienne des producteurs d’acier. Cette explosion des importations a entraîné un grand nombre d’enquêtes antidumping devant le Tribunal canadien du commerce international, qui se prononce régulièrement en faveur des plaignants de l’industrie sidérurgique.

L’auteur précise que les produits touchés vont des bobines d’acier laminées à chaud ou à froid aux fils, tubes, barres et même éviers en acier inoxydable. Le véritable enjeu aujourd’hui, ajoute Bickis, est que les États-Unis ferment de plus en plus leur marché à ces produits étrangers, ce qui risque de rediriger les excédents vers le Canada.

Le cas chinois est particulièrement inquiétant : avec 50 millions de tonnes de capacité excédentaire en 2025, la Chine pourrait atteindre les 250 millions de tonnes d’ici dix ans. À titre de comparaison, le Canada a produit 12,1 millions de tonnes d’acier en 2023.

Un problème ancien et persistant

Ian Bickis rappelle que le Canada a été le tout premier pays au monde à mettre en place des mesures antidumping, en 1904. Cette mesure prévoyait alors un droit de douane « spécial » sur les marchandises sous-évaluées. Depuis, les appels à renforcer les mécanismes de défense commerciale n’ont cessé de croître, notamment face aux exportations massives de la Chine, qui ont atteint un sommet de 115 millions de tonnes en 2024 selon l’International Trade Administration.

Ken Neumann, alors directeur national du syndicat des Métallos, affirmait déjà en 2020 que les importations illégales d’acier devaient cesser : « Notre syndicat continuera à défendre avec vigueur les emplois des métallurgistes au Canada, trop souvent mis en péril par l’acier importé à des prix non rentables et inférieurs au marché. »

Que visent les nouvelles mesures?

Bickis rappelle que le Canada impose déjà depuis octobre 2024 une taxe de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance de Chine. Toutefois, il souligne que les producteurs chinois ont trouvé des moyens de contourner cette taxe, notamment en exportant leur acier vers des pays tiers où il est légèrement transformé avant d’être réexporté sous une autre origine apparente.

Pour contrer cette stratégie, le gouvernement canadien cible désormais les produits d’acier « fondus et coulés » en Chine, peu importe le lieu de transformation ultérieur. Cette précision repose sur une exigence introduite en novembre dernier, forçant les importateurs à déclarer le pays d’origine de la fusion initiale du métal.

Catherine Cobden, présidente de l’Association canadienne des producteurs d’acier, salue cette décision. Elle affirme que la Chine demeure un acteur particulièrement agressif en matière de surcapacité industrielle et voit dans cette nouvelle mesure une réponse ferme : « Le Canada s’attaque directement à la surcapacité mondiale d’acier. C’est une position forte qui, selon moi, sera applaudie à l’échelle internationale. Même les États-Unis n’ont pas encore pris une telle décision. »

Ainsi, selon Ian Bickis, le Canada cherche à faire preuve de leadership dans un contexte commercial de plus en plus tendu, en tentant de préserver un secteur clé de son économie nationale tout en respectant les règles du commerce international.

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