Un cours offert sur le campus de Concordia University soulève actuellement une controverse après des révélations de Juno News concernant une formation destinée à des enseignants et étudiants en éducation portant explicitement sur l’usage de l’école comme outil de transformation révolutionnaire.
Le programme, intitulé Educators and Revolution: How Ideas Made New People, New Worlds, est organisé par le groupe RECESS — « Remaking Education as Care, Emancipation, Struggle, and Solidarity » — en partenariat avec Socialist Unity. Selon le matériel promotionnel rapporté par la journaliste Melanie Bennett, les participants y étudient différentes expériences éducatives révolutionnaires du XXe siècle, notamment à Cuba, en Union soviétique, en Tanzanie et en Iran.
Le cours présente explicitement l’éducation comme un instrument servant à soutenir une « transformation sociale révolutionnaire » et à générer une « conscience révolutionnaire ». L’objectif affiché n’est donc pas simplement d’analyser historiquement certains systèmes éducatifs, mais bien d’examiner comment l’école peut être utilisée afin de transformer idéologiquement une société.
Parmi les exemples étudiés figure notamment la campagne d’alphabétisation menée sous Fidel Castro à Cuba. Selon la description relayée par Juno News, le programme souligne que des enfants parfois âgés d’à peine huit ans travaillaient dans les champs durant le jour avant d’enseigner l’alphabétisation aux agriculteurs le soir dans le cadre de l’effort révolutionnaire.
Le cours aborde également les communes de travail soviétiques administrées par l’OGPU et le NKVD — les polices secrètes du régime soviétique — dans une perspective liée à la « pédagogie révolutionnaire ». La présence de telles références choque plusieurs observateurs compte tenu du rôle historique de ces institutions dans la surveillance politique, la répression et l’appareil totalitaire soviétique.
Dans une vidéo publiée pour accompagner son reportage, Melanie Bennett affirme que la formation ne vise pas seulement des militants universitaires marginaux, mais également des étudiants en enseignement et des éducateurs déjà actifs dans le réseau scolaire canadien. Selon elle, ces approches idéologiques ne demeurent plus confinées à certains cercles militants universitaires, mais s’intègrent progressivement à la formation pédagogique contemporaine.
A Concordia University-affiliated student union is hosting a course for educators that praises communist the “revolutionary pedagogy” of communist dictatorships like Cuba and the Soviet Union.
— Juno News (@junonewscom) May 13, 2026
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Bennett établit notamment un lien direct entre cette notion de « conscience révolutionnaire » et les concepts de « conscience critique » popularisés par le pédagogue marxiste brésilien Paulo Freire. Elle soutient que cette philosophie a été reformulée aujourd’hui sous des appellations plus institutionnelles comme la Culturally Relevant and Responsive Pedagogy (CRRP), déjà implantée dans plusieurs programmes de formation des enseignants au Canada, particulièrement en Ontario.
Ces approches pédagogiques considèrent généralement que l’école ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi amener les élèves à développer une lecture politique du monde fondée sur les rapports d’oppression, les dynamiques identitaires et la transformation sociale. Dans cette perspective, l’élève devient moins un apprenant qu’un futur « agent de changement ».
C’est précisément ce glissement qui inquiète plusieurs critiques de ces modèles éducatifs. Pour eux, l’école occidentale subit depuis des années une transformation idéologique profonde où certaines formes de militantisme politique sont progressivement intégrées à la pédagogie elle-même, souvent sous le vocabulaire de l’« équité », de la « justice sociale » ou de la « conscience critique ».
La controverse entourant ce cours s’inscrit ainsi dans un débat plus large sur la politisation des facultés d’éducation, l’influence croissante des théories critiques dans les institutions universitaires et le rôle de plus en plus militant attribué à l’enseignement dans certaines approches contemporaines.



