Coupe du monde 2026 : la FIFA bannit le drapeau de l’opposition iranienne et s’attire des accusations de complaisance envers Téhéran

La FIFA se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse politique alors que l’organisation a interdit l’affichage du drapeau iranien historique du Lion et Soleil dans les stades de la Coupe du monde 2026. Une décision qui, selon Avideh Motmaen-Far, présidente du Conseil des Canadiens iraniens, revient à prendre implicitement le parti du régime islamique de Téhéran contre ses opposants.

Dans une lettre d’opinion publiée dans le National Post, Motmaen-Far soutient que la FIFA, sous prétexte de neutralité politique, contribue en réalité à renforcer la légitimité internationale d’un régime accusé de répression, d’emprisonnements arbitraires et d’exécutions politiques.

Selon l’auteure, la FIFA justifie l’interdiction en invoquant son code de conduite, qui prohibe les symboles considérés comme « politiques ». Pourtant, souligne-t-elle, le drapeau du Lion et Soleil n’est pas un symbole partisan récent. Il s’agit de l’emblème historique de l’Iran, dont les origines remontent à plusieurs siècles et qui a servi de drapeau national jusqu’à la révolution islamique de 1979.

Le régime des ayatollahs l’a remplacé en 1980 par le drapeau actuel de la République islamique, portant l’emblème révolutionnaire instauré après la prise du pouvoir par les islamistes.

Pour Motmaen-Far, c’est précisément là que réside le problème. Qualifier le drapeau historique de symbole politique tout en considérant comme neutre le drapeau officiel d’un régime théocratique revient à adopter la définition du pouvoir en place. « Ce n’est pas de la neutralité », écrit-elle. « C’est un appui. »

La question dépasse largement le cadre du sport.

Depuis plusieurs années, l’équipe nationale iranienne est régulièrement accusée par les opposants d’être utilisée comme un instrument de propagande internationale par le régime. Selon Motmaen-Far, les autorités iraniennes cherchent à présenter un visage respectable et normalisé du pays à travers les compétitions sportives internationales, alors même que la contestation intérieure demeure sévèrement réprimée.

L’auteure rappelle également le rôle du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), que le Canada considère comme une entité terroriste. Elle souligne notamment sa responsabilité dans la destruction du vol PS752 d’Ukraine International Airlines en janvier 2020, catastrophe qui a coûté la vie à 176 personnes, dont plusieurs dizaines de Canadiens.

Dans ce contexte, l’interdiction du drapeau du Lion et Soleil apparaît pour plusieurs membres de la diaspora iranienne comme un geste particulièrement malvenu.

Au cours des dernières années, ce symbole est devenu le principal point de ralliement des opposants au régime à travers le monde. Monarchistes, républicains, laïques, croyants ou simples patriotes iraniens l’utilisent fréquemment lors des manifestations dénonçant la République islamique.

Motmaen-Far affirme que la Coupe du monde représente l’une des rares tribunes internationales où les Iraniens exilés peuvent exprimer publiquement leur opposition au régime sans craindre directement les représailles qui frappent leurs proches demeurés au pays. En leur interdisant ce symbole, la FIFA réduit considérablement cette visibilité.

L’affaire soulève également une question plus large : celle de la prétendue neutralité politique des grandes institutions sportives internationales.

Depuis plusieurs années, les organisations comme la FIFA ou le Comité international olympique affirment vouloir tenir le sport à l’écart de la politique. Pourtant, leurs décisions les placent régulièrement au cœur de débats géopolitiques majeurs.

Dans le cas iranien, les critiques estiment que l’organisation ne demeure pas neutre en refusant un symbole historique porté par une partie importante du peuple iranien. Elle contribue plutôt à accorder un monopole de représentation au régime en place.

Comme le souligne Motmaen-Far, lorsqu’un partisan arbore le Lion et Soleil, il ne rejette pas nécessairement l’Iran. Il affirme au contraire que l’Iran ne se résume pas aux dirigeants qui gouvernent aujourd’hui le pays.

En cherchant à éliminer cette distinction des tribunes de la Coupe du monde, la FIFA risque de donner l’impression qu’elle reconnaît comme seule voix légitime celle de la République islamique. Une posture qui paraît d’autant plus maladroite que l’organisation prétend précisément éviter toute prise de position politique.

Pour les opposants iraniens, la décision ne constitue donc pas un simple règlement de stade. Elle touche directement à la question de la légitimité d’un régime contesté et à la capacité de ses adversaires de se faire entendre sur la plus grande scène sportive de la planète.

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