Coupure d’Internet en Iran : Starlink peut-il réellement briser l’isolement numérique imposé par le régime?

Alors que l’Iran traverse une nouvelle vague de manifestations nationales, la coupure quasi totale d’Internet imposée par le régime islamique est redevenue une arme politique centrale. Dans un article publié le 20 janvier 2026, Euronews analyse le rôle paradoxal que pourrait jouer Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, dans ces contextes de blackout informationnel. L’article est signé par le journaliste Farhad Mirmohammadsadeghi, et s’appuie notamment sur des entretiens avec des experts en télécommunications et cybersécurité.

Starlink, une bouée de sauvetage… illégale

Comme le rapporte Farhad Mirmohammadsadeghi pour Euronews, malgré la coupure massive d’Internet décrétée par Téhéran, certains Iraniens ont tout de même réussi à transmettre des images, des vidéos et des témoignages vers les médias internationaux grâce à Starlink. Cette utilisation reste toutefois marginale et extrêmement risquée : le service est illégal en Iran, et les autorités tentent activement de brouiller les signaux par des moyens de guerre électronique tout en menant des descentes ciblées pour saisir les terminaux satellites, selon les informations relayées par Euronews.

Ces terminaux émettent des signaux micro-ondes relativement puissants, ce qui rend leur détection théoriquement possible par des systèmes radar spécialisés, même si leur faisceau étroit complique la localisation précise. Les utilisateurs sont donc contraints de n’activer les équipements que brièvement, augmentant encore la fragilité du lien.

La promesse du « Direct to Cell » : un changement de paradigme?

Le cœur de l’analyse d’Euronews porte sur une technologie plus récente : le service Direct to Cell (D2C) de Starlink. Comme l’explique Mohammad Samizadeh Niko, professeur adjoint en génie électrique et électronique à l’Université technologique de Nanyang à Singapour, interrogé par Euronews, cette technologie transforme les satellites en orbite basse en véritables antennes cellulaires spatiales.

Concrètement, le D2C permettrait à des téléphones intelligents compatibles de se connecter directement aux satellites, sans terminal dédié. Le service est déjà en déploiement précoce aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, principalement pour combler des zones sans couverture cellulaire terrestre.

Mais, comme le souligne Farhad Mirmohammadsadeghi, la question clé demeure : une telle technologie peut-elle réellement compenser une coupure d’Internet nationale, prolongée et politiquement orchestrée, comme en Iran?

Des limites techniques lourdes

L’article d’Euronews détaille les obstacles techniques majeurs. Les satellites en orbite basse se déplacent à très grande vitesse par rapport à la surface terrestre, ce qui impose des changements constants de satellite (handover) et des ajustements complexes liés à l’effet Doppler. Si les téléphones récents sont de plus en plus capables de gérer ces contraintes, leurs limites physiques demeurent : faible puissance d’émission, antennes omnidirectionnelles rudimentaires et bande passante très restreinte.

Résultat : le D2C est, pour l’instant, cantonné à des usages à très faible débit, essentiellement l’envoi de messages texte. L’accès à des services riches, à des vidéos ou à une navigation Web complète reste hors de portée. De plus, une ligne de vue dégagée vers le ciel est indispensable, ce qui limite l’usage à l’extérieur ou à des espaces ouverts.

Une utilité politique malgré tout

Malgré ces limites, Euronews souligne que le D2C pourrait jouer un rôle crucial dans des contextes autoritaires. Même un canal de communication minimal — quelques messages texte — peut suffire à coordonner des actions, transmettre des alertes ou documenter des abus lorsque tous les autres réseaux sont coupés.

Contrairement aux terminaux Starlink classiques, les connexions D2C sont aussi beaucoup plus difficiles à localiser par les forces de sécurité, en raison de leur faible puissance d’émission. Toutefois, comme le rappelle l’article, Starlink conserverait toujours un accès aux données de localisation approximatives des utilisateurs, ce qui pose d’importantes questions de sécurité et de confiance.

Le verrou politique américain

Pourquoi, dès lors, ce service n’est-il pas disponible en Iran? Farhad Mirmohammadsadeghi explique dans Euronews que l’obstacle n’est pas tant technique que politique. En tant qu’entreprise américaine, Starlink est soumise aux sanctions imposées par Washington contre l’Iran. Toute transmission de signaux cellulaires vers le territoire iranien nécessite une autorisation spécifique de la Federal Communications Commission, ainsi qu’un feu vert du département du Trésor américain.

Selon Nariman Gharib, expert en cybersécurité cité par Euronews (dans des propos rapportés initialement par ABC News), la FCC possède pourtant la capacité d’émettre des licences temporaires ou d’urgence si le contexte le justifie. Le département du Trésor doit toutefois confirmer que ces autorisations ne contreviennent pas au régime de sanctions. Tout retard, affirme-t-il, relèverait donc essentiellement de choix bureaucratiques et, ultimement, de la volonté politique de l’administration américaine.

À ce titre, Euronews rapporte que des militants iraniens font pression sur l’administration du président Donald Trump pour permettre explicitement à des entreprises américaines de fournir ces services de connectivité en Iran.

Une arme technologique aux mains de la géopolitique

L’article de Farhad Mirmohammadsadeghi pour Euronews met ainsi en lumière une réalité troublante : même les technologies conçues pour contourner la censure et reconnecter des populations isolées restent prisonnières de rapports de force géopolitiques. Starlink, présenté comme un outil de liberté numérique, demeure soumis aux calculs stratégiques, aux sanctions et aux autorisations étatiques.

Dans le cas iranien, le Direct to Cell ne serait pas une solution miracle capable de restaurer un Internet libre et ouvert. Mais il pourrait, si la volonté politique existait, fissurer le mur informationnel dressé par le régime — une fissure suffisante, parfois, pour que la vérité parvienne à sortir.

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