Course énergétique : Meta mise massivement sur le nucléaire pour alimenter ses centres de données

Depuis plusieurs mois, une réalité s’impose brutalement dans le débat technologique et énergétique : l’intelligence artificielle n’est pas seulement un enjeu logiciel ou algorithmique, elle est avant tout un gouffre énergétique. À mesure que les centres de données se multiplient et gagnent en puissance, la question de leur alimentation électrique devient centrale — au point de forcer les géants du numérique à se tourner vers des sources d’énergie longtemps jugées politiquement sensibles, mais désormais incontournables. C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision de Meta de sécuriser des volumes colossaux d’électricité nucléaire pour soutenir ses ambitions en matière d’IA.

Selon un article de Michelle Chapman, pour The Associated Press le 9 janvier 2026, Meta a conclu une série d’ententes majeures avec trois acteurs du nucléaire américain afin d’alimenter ses nouveaux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

Le projet Prometheus : un monstre énergétique assumé

Au cœur de cette stratégie se trouve Prometheus, un immense centre de données d’IA actuellement en construction à New Albany, en Ohio. Annoncé en juillet dernier, ce complexe formera un cluster de 1 gigawatt, réparti sur plusieurs bâtiments, et devrait entrer en service dès cette année.

Pour donner un ordre de grandeur, un seul gigawatt peut alimenter environ 750 000 foyers, selon les standards de l’industrie électrique. À terme, les accords annoncés par Meta représentent l’équivalent énergétique d’environ cinq millions de maisons.

Dans un communiqué cité par The Associated Press, Meta affirme que ces projets permettront de soutenir jusqu’à 6,6 gigawatts d’énergie « propre » nouvelle ou existante d’ici 2035, tout en renforçant la chaîne d’approvisionnement nucléaire américaine et en soutenant l’emploi dans le secteur.

Trois partenariats nucléaires structurants

L’entreprise dirigée par Mark Zuckerberg a signé des accords distincts avec TerraPower, Oklo et Vistra. Les modalités financières précises de ces ententes n’ont toutefois pas été rendues publiques.

Avec TerraPower, Meta financera le développement de deux nouveaux réacteurs Natrium, capables de produire jusqu’à 690 mégawatts d’électricité ferme, avec une mise en service envisagée dès 2032. L’accord donne également à Meta des droits sur l’énergie de six autres unités Natrium, représentant 2,1 gigawatts supplémentaires, ciblés pour 2035.

Du côté de Vistra, Meta achètera plus de 2,1 gigawatts d’électricité provenant de deux centrales nucléaires en Ohio, auxquelles s’ajouteront des expansions dans ces installations ainsi que dans une troisième centrale en Pennsylvanie. Les centrales concernées sont Beaver Valley (Pennsylvanie), Davis-Besse et Perry (Ohio).

Vistra a précisé que l’électricité continuera de transiter par le réseau mid-atlantique pour l’ensemble des clients, tout en soulignant que ces accords avec Meta lui donnent la prévisibilité nécessaire pour demander aux régulateurs fédéraux des renouvellements de licences de 20 ans pour ses réacteurs.

Enfin, le partenariat avec Oklo vise le développement d’un campus énergétique de 1,2 gigawatt dans le comté de Pike, en Ohio, spécifiquement destiné à alimenter les centres de données de Meta dans la région. Oklo compte parmi ses investisseurs majeurs Sam Altman, une figure centrale de l’écosystème de l’IA.

Un réseau électrique sous pression

Ces décisions interviennent dans un contexte de fortes tensions sur le réseau électrique du Mid-Atlantic, qui couvre notamment l’Ohio et la Pennsylvanie. Selon The Associated Press, les compagnies technologiques font face à une pression croissante pour financer elles-mêmes de nouvelles capacités de production afin d’éviter de faire exploser les coûts pour les autres consommateurs.

Princeton University est citée dans l’article par l’entremise de Jesse Jenkins, professeur adjoint en ingénierie spécialisé en systèmes énergétiques. Celui-ci avertit que la mise en service de Prometheus sans nouvelles sources de production dédiées entraînerait inévitablement une hausse des tarifs d’électricité sur l’ensemble du réseau régional.

Les consommateurs du Mid-Atlantic subissent déjà des factures plus élevées, en partie pour financer l’expansion rapide — parfois chaotique — des centres de données existants et projetés.

Le nucléaire, pilier discret de la course à l’IA

Ces nouvelles ententes s’ajoutent à un autre accord majeur annoncé par Meta en juin dernier : un contrat de 20 ans avec Constellation Energy, confirmant que le nucléaire devient un pilier stratégique de l’économie numérique.

Loin du discours idéologique ou symbolique, la décision de Meta illustre une réalité de plus en plus difficile à contourner : la révolution de l’intelligence artificielle repose sur une base matérielle lourde, coûteuse et énergivore. À défaut de solutions pilotables, stables et massives, les promesses de l’IA se heurtent rapidement aux limites physiques du réseau.

En ce sens, l’offensive nucléaire de Meta marque peut-être moins un retour en grâce idéologique de l’atome qu’un aveu pragmatique : sans énergie ferme à grande échelle, il n’y aura tout simplement pas d’IA à la hauteur des ambitions affichées par la Silicon Valley.

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