Crise à la BBC : le modèle des médias publics mis à l’épreuve

Le scandale qui secoue la BBC illustre jusqu’où peut aller la perte de confiance envers les médias publics, jadis perçus comme les gardiens de la rigueur journalistique. À la suite d’un montage fautif d’un discours de Donald Trump, la vénérable institution britannique traverse ce que plusieurs analystes qualifient de « crise existentielle ». Une situation qui, bien qu’européenne, fait écho à des débats très similaires au Canada, où CBC/Radio-Canada est elle aussi accusée de dérive idéologique.

Un montage qui fait vaciller une institution centenaire

Comme le rapporte Sylvia Hui pour l’Associated Press, la BBC a reconnu avoir modifié un discours prononcé par Donald Trump le 6 janvier 2021, de manière à le faire paraître plus incendiaire qu’il ne l’était. Le documentaire, diffusé dans le cadre de l’émission Panorama, avait rassemblé des passages séparés par près d’une heure pour former une séquence où Trump semblait exhorter ses partisans à « marcher sur le Capitole » et à « se battre comme l’enfer ».

Les excuses du président du conseil d’administration, Samir Shah, n’ont pas suffi : le directeur général Tim Davie et la chef des actualités Deborah Turness ont démissionné, reconnaissant une erreur de jugement majeure. L’équipe juridique de Trump a aussitôt envoyé une mise en demeure à la BBC, l’accusant de diffamation et exigeant réparation.

Ce geste a déclenché un débat national sur la partialité présumée du diffuseur public, longtemps critiqué pour son traitement de sujets politiquement sensibles : transidentité, conflit israélo-palestinien ou couverture jugée hostile à la droite américaine. Pour plusieurs commentateurs, ce n’est plus un incident isolé, mais le symptôme d’un biais institutionnel devenu systémique.

Quand la neutralité publique devient suspecte

La BBC, financée par la redevance télévisuelle et tenue par charte à la neutralité, se trouve désormais au cœur d’une remise en question du modèle même du service public. La professeure Julie Posetti, citée par l’AP, y voit une « crise existentielle » : en cédant trop vite, dit-elle, la BBC a montré qu’elle peut être « intimidée » dans un climat d’hyperpolarisation.

Mais pour ses détracteurs, l’inverse est vrai : c’est parce qu’elle s’est éloignée de son devoir d’impartialité qu’elle se retrouve aujourd’hui fragilisée. En d’autres mots, la BBC ne serait plus accusée à tort d’être partisane : elle le serait devenue, notamment en adhérant à un certain consensus progressiste au sein de ses propres rédactions.

Un parallèle inévitable avec CBC/Radio-Canada

Au Canada, la crise britannique résonne de manière familière. CBC/Radio-Canada, héritière directe du modèle de la BBC, est elle aussi confrontée à des accusations de militantisme interne et de glissement idéologique.

Les critiques récents, notamment rapportés par The Hub et le National Post, évoquent une culture corporative où la diversité identitaire prime désormais sur le mérite, où les journalistes critiques envers la direction sont sanctionnés, et où la couverture des sujets politiques tend à refléter un point de vue uniforme, souvent perçu comme progressiste ou moralisateur.

Les cas révélés ces derniers mois — comme celui du journaliste Travis Dhanraj, sanctionné pour avoir interpellé la présidente Catherine Tait, ou la politique d’embauche privilégiant à 84 % les candidats issus de groupes dits « d’équité » — rappellent que les dérives du modèle public ne sont pas propres à la BBC. Dans les deux cas, c’est la frontière entre mission d’information et mission idéologique qui semble s’être brouillée.

Un avertissement pour toutes les démocraties médiatiques

La démission des dirigeants de la BBC marque peut-être un tournant : celui où le prestige historique ne protège plus contre les fautes d’éthique. La société britannique a reconnu un manquement grave à l’impartialité ; le public, lui, semble ne plus pardonner.

Pour les diffuseurs publics comme CBC/Radio-Canada, le message est clair : la confiance du public repose sur la perception d’équité, pas sur le prestige institutionnel. La leçon de Londres dépasse les frontières : un média financé par les contribuables ne peut survivre qu’à condition de ne servir aucune cause, sinon celle de la vérité.

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