Crise d’intégrité à CBC : démission d’un animateur vedette et rappel des dérives à Radio-Canada

Un animateur vedette du réseau anglais de Radio-Canada (CBC) a provoqué une onde de choc dans les cercles médiatiques canadiens en annonçant sa démission fracassante, accompagnée d’un témoignage virulent contre la culture interne de la société d’État. Pour le public québécois peu familier avec le paysage anglophone, cette affaire soulève des questions troublantes sur les pratiques idéologiques et managériales de CBC/Radio-Canada dans son ensemble, d’autant plus qu’un précédent scandale, rapporté en 2021 par Le Soleil, avait déjà mis en lumière un climat de travail jugé toxique à la station de Québec. Loin d’être des cas isolés, ces révélations dessinent les contours d’un malaise profond au sein du diffuseur public national.

Un animateur brise le silence : « impossible de continuer avec intégrité »

Dans une lettre de démission diffusée lundi 7 juillet 2025, Travis Dhanraj, animateur du programme Canada Tonight, affirme qu’il lui est désormais « impossible de continuer à travailler à CBC avec intégrité ». Le National Post rapporte que le journaliste, fort de 20 ans de carrière dans le milieu, y dénonce des années de marginalisation, de représailles, et de pressions idéologiques au sein de l’institution.

« J’ai été systématiquement mis de côté, privé de soutien institutionnel et empêché d’exercer mon rôle de service public », écrit-il. Dhanraj, qui avait rejoint CBC avec la mission de devenir « une voix audacieuse dans le journalisme », dit avoir tenté de donner une place accrue aux points de vue sous-représentés et de rétablir un équilibre politique dans les sujets abordés. Or, selon lui, CBC pratique une « diversité de façade », marquée par le tokenism (inclusion de personnes issues de minorités à des fins symboliques), et par une structure interne visant à « élever certaines voix et à en diminuer d’autres ».

L’avocate du journaliste, Kathryn Marshall, accuse CBC d’avoir activement empêché son client de faire entendre des voix conservatrices à l’antenne, tout en lui imposant une ligne éditoriale « progressiste » implicite. « CBC croyait que Travis, en raison de ses origines caribéennes, allait forcément épouser une certaine vision du monde. C’est une forme d’essentialisme racial », a-t-elle déclaré.

NDA, représailles et marginalisation : les accusations s’accumulent

Le National Post précise que les tensions ont culminé après un tweet publié en avril 2024 par Dhanraj, dans lequel il critiquait le refus de la présidente de CBC, Catherine Tait, de se soumettre à une entrevue sur le financement de la société. L’employeur aurait tenté de lui faire signer un accord de confidentialité (NDA) lié à une enquête interne, condition sine qua non pour conserver son poste. Ayant refusé, il aurait alors été écarté de l’animation, privé de revenus supplémentaires, et isolé de plus en plus visiblement.

« J’ai été accusé d’être en croisade simplement pour avoir demandé plus d’équilibre », écrit Dhanraj. Il évoque aussi un « cercle fermé de journalistes d’Ottawa » favorisés dans les décisions éditoriales, un système de censure interne et une culture de représailles envers ceux qui contestent la ligne de conduite dominante. Il affirme que cette culture porte atteinte à la mission démocratique de CBC, et mine la confiance du public.

CBC, par l’entremise de sa porte-parole Kerry Kelly, rejette en bloc ces accusations, invoquant les contraintes de confidentialité liées au statut syndical de Dhanraj, tout en soulignant son « incroyable curiosité » et son « expérience » qui enrichissaient la programmation de Canada Tonight. Mais pour l’instant, aucune explication convaincante n’a été fournie sur les reproches précis énoncés par le journaliste.

Radio-Canada Québec : les vieux démons d’une autre tour d’ivoire

Si les révélations de Travis Dhanraj font aujourd’hui la une dans les milieux anglophones, les Québécois pourraient être tentés de croire à une dérive propre à Toronto ou Ottawa. Il n’en est rien. En mars 2021, Richard Therrien du journal Le Soleil publiait une enquête explosive sur le climat de travail à la station régionale de Radio-Canada Québec, au 888 rue Saint-Jean. On y découvre un portrait accablant : insultes, propos humiliants, favoritisme, harcèlement moral et sexiste, règlements de compte personnels, et une gestion fondée sur la peur et l’humiliation.

Des propos dégradants visant principalement des femmes – sur leur apparence, leur poids ou leur tenue – ont été rapportés à répétition. Le « traitement d’invisibilité », où des employés sont totalement ignorés par leur supérieur pendant des semaines sans explication, est décrit comme une pratique récurrente. Selon les témoignages recueillis par Le Soleil, la direction en place cultivait un climat de division, de délation, et de chantage émotionnel. Certains anciens employés disent avoir développé des troubles anxieux sévères ou des crises de panique, et parlent encore aujourd’hui d’un environnement « plus toxique que tout ce qu’ils ont connu ailleurs ».

La direction de Radio-Canada à Québec avait nié toute toxicité à l’époque, tout en lançant un « processus de conciliation-discussion ». Pourtant, le syndicat avait déjà noté l’inefficacité des mécanismes internes de dénonciation et la crainte généralisée des employés de subir des représailles. Le même type de culture organisationnelle décrite par Dhanraj dans l’univers anglophone semble donc bel et bien exister — et perdurer — dans la partie francophone du diffuseur public.

Une crise de culture et de gouvernance

Ce qui relie les témoignages de Travis Dhanraj et ceux des employés de Québec, c’est la même structure pyramidale, opaque, autoritaire et idéologisée. Une culture interne qui prétend servir la diversité et l’intérêt public, mais qui, derrière les portes closes, impose une ligne unique, marginalise les voix dissidentes, et protège les petits cercles dirigeants. CBC/Radio-Canada, censée être une vitrine démocratique au service des Canadiens, semble de plus en plus gangrenée par les dérives idéologiques, la politisation des contenus, et le carriérisme toxique de ses cadres.

À l’heure où la confiance envers les médias décline, ces révélations devraient provoquer une réflexion sérieuse sur la gouvernance de la société d’État. Au lieu de jouer la carte du déni et des formules creuses sur l’« inclusion » ou la « transformation culturelle », CBC/Radio-Canada ferait bien de s’interroger sur ses pratiques internes, sur la réelle pluralité de ses contenus, et sur sa capacité à refléter toute la population canadienne — pas seulement certains segments jugés politiquement acceptables.

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