« Data is the new oil » : le Canada néglige la collecte de données, une ressource aussi stratégique qu’un port en ce XXIe siècle

Le Canada rêve de leadership scientifique, mais pense encore trop petit. C’est le constat sévère que dresse Michael Wolfson, ancien statisticien en chef adjoint à Statistique Canada et chercheur à l’Université d’Ottawa, dans une tribune publiée le 19 octobre 2025. Selon lui, le pays continue de financer les grands projets visibles — télescopes, accélérateurs de particules, infrastructures physiques — tout en négligeant ce qu’il appelle la ressource la plus stratégique du XXIᵉ siècle : les données.

« Data is the new oil », écrit Wolfson, rappelant que dans un monde dominé par l’intelligence artificielle, les données sont devenues une infrastructure essentielle au même titre que les ports ou les centrales électriques. Pourtant, le Canada n’a toujours pas conçu de stratégie nationale cohérente pour exploiter son immense richesse en données sociales et de santé.

Le chercheur explique que Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) disposent déjà d’outils puissants, largement utilisés par les chercheurs subventionnés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Mais les provinces, elles, bloquent l’accès à leurs propres banques de données, empêchant toute analyse pancanadienne. Wolfson va jusqu’à comparer cette rétention d’information à une barrière commerciale plus lourde encore que celle sur la bière interprovinciale.

Résultat : les sciences sociales, l’épidémiologie et la recherche sur les services de santé au Canada fonctionnent, selon lui, comme de simples « industries artisanales », incapables de rivaliser avec l’ampleur des projets de physique ou d’astronomie.

Une lueur d’espoir existe toutefois. Le gouvernement fédéral a mis sur pied en 2022 un panel d’experts chargé d’évaluer l’avenir de la recherche au pays. Ce groupe a recommandé la création d’un organisme « chapeau » — un capstone organization — pour coordonner la planification scientifique à long terme et les infrastructures de données. Le rapport a été bien accueilli dans le budget fédéral de 2024 et figure, timidement, dans la plateforme électorale libérale de 2025.

Wolfson appelle maintenant à aller plus loin :

  • Ottawa devrait conditionner ses transferts financiers aux provinces à une meilleure ouverture des données publiques.
  • Les organismes de recherche devraient être restructurés pour financer de véritables projets nationaux de collecte et d’analyse de données, en y associant Statistique Canada, l’ICIS et les universités.

Avec de telles réformes, écrit-il, le Canada pourrait enfin s’attaquer à des enjeux majeurs : comprendre le long COVID grâce à des suivis intégrés, améliorer les pratiques chirurgicales, anticiper les coûts du vieillissement ou mesurer les dynamiques économiques des industries de la santé.

« Le Canada, conclut Wolfson, profite gratuitement des avancées d’autres pays alors qu’il possède déjà un trésor de données inexploitées. Il est temps que le gouvernement fédéral use de sa force constitutionnelle pour débloquer le potentiel de notre propre science. »

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