Débat «bilingue» de la chefferie du NPD : cinq candidats, zéro français

Le NPD est en pleine course à la chefferie afin de trouver un nouveau leader. Il y a cinq candidats qui participent à cet exercice démocratique. Québec Nouvelles en a discuté avec le politologue et expert du NPD André Lamoureux.

Entretien

Simon Leduc : Est-ce que les candidats dans la course à la chefferie du NPD parlent français?

André Lamoureux : «Tout d’abord, les cinq candidats ne parlent pratiquement pas français. J’ai regardé le débat et ce fut une catastrophe sur le plan de la maîtrise de la langue de Molière. Cette joute oratoire a eu lieu à Montréal et 60% des échanges devaient se faire en français et 40% en anglais. J’estime que les candidats ont parlé 80% du temps en anglais. Ils ont été incapables de débattre dans l’autre langue officielle du pays. Ces derniers ont baragouiné en français et ils lisaient leurs textes.  Avi Lewis est le seul qui s’est débrouillé dans la langue de Molière. Je pense que c’est un manque de respect envers le peuple fondateur du Canada, qui est la majorité historique francophone. Tous les aspirants chefs ont dit que la Belle province est importante pour leur parti. Or, ils ne sont pas en mesure de communiquer avec les Québécois francophones.»

Quels sont les principaux candidats qui s’affrontent dans la course au leadership du NPD?

André Lamoureux : «Il y a cinq personnes qui veulent devenir le prochain du NPD : Heather McPherson, Rob Ashton, Avi Lewis, Tanille Johnston et Tony Mcquail. Tout d’abord, la députée albertaine Heather McPherson n’est pas connue et elle a beaucoup de difficulté à se démarquer. Elle n’a pas des idées politiques solides et claires. Elle raconte seulement des généralités.

Tanille Johnston est une autochtone et elle soutient la Déclaration de Sherbrooke[1]. Elle prône un fédéralisme asymétrique avec les provinces. Mais, elle n’est pas du tout connue sur la place publique.

Tony Mcquail est un membre des Premières Nations et il est un travail social d’origine américaine. Il adhère au progressisme et à l’économie verte. Il veut réformer le mode de scrutin.

J’estime qu’il y a deux candidats favoris dans cette course : Avi Lewis et Rob Ahston.

Le premier est très connu au sein du NPD. M. Lewis représente l’aile gauchiste de cette formation politique qui est définie par l’altermondialisme, le communautarisme, le wokisme et le socialisme. Ce dernier est près d’une figure importante de la mouvance écologiste, Naomi Klein. M. Lewis a collaboré avec une élue américaine, Alexandria Ocasio-Cortez, qui est une figure de proue de la frange socialiste du Parti démocrate. Il a été le concepteur du «Leap Manifeste«. C’est un document qui a été présenté au NPD en 2016. C’est la tendance multiculturelle, communautariste et victimaire du NPD. Cette mouvance pense que toutes les minorités sont opprimées par l’homme blanc hétérosexuel. Ce manifeste s’intitule en français «Un bond en avant». Dans celui-ci, on se battait pour les droits ancestraux des Premières Nations, pour le droit des genres, pour l’élimination les inégalités raciales et entre les genres. Cette organisation  progressiste s’oppose à toute construction de nouveaux projets d’infrastructures pour l’extraction des ressources naturelles dans le pays. Cette gauche est contre le passage de pétroliers le long des côtes canadiennes et est hostile aux projets miniers. Les adhérents à ce manifeste voulaient que le Canada contrôle collectivement tous les nouveaux systèmes de production d’énergies. Ils désiraient l’abolition des structures de propriété qui servent le profit des entreprises privées et les remplacer par le contrôle de l’État. Ce texte préconisait la création d’un programme universel visant à construire des maisons écoénergétiques étatiques et de rénover les demeures existantes en s’assurant que les communautés et les quartiers les plus défavorisés seraient les premiers à en bénéficier. Les militants de cette nouvelle gauche estiment que tous les immigrants qui rentrent au Canada, même les illégaux, devraient obtenir le statut d’immigrant. Arvi Lewis était un des principaux porte-paroles de ce mouvement très à gauche qui est anticolonialiste, contre le racisme systémique et contre les politiques nationalistes du Québec comme la loi 101 et 22. Ces progressistes sont très hostiles aux aspirations nationales de la majorité historique francophone. C’est clairement le candidat le plus radical de cette course.

Tandis que Rob Ahston est le candidat de la gauche traditionnelle ouvrière. Il est le président de l’Union internationale des débardeurs et des magasiniers de Vancouver.

Ce dernier veut que le NPD reconnecte avec les classes populaires. Il désire que ce dernier se concentre sur les préoccupations des travailleurs de la classe moyenne : la hausse du coût de la vie, la crise du logement et l’amélioration des conditions de vie des employés. De plus, il veut retirer le programme de travailleurs étrangers temporaires, car il estime que cela nuit aux ouvriers. Il veut aussi tripler le nombre de coopératives de santé sans but lucratif et améliorer les salaires des travailleurs. Son gros handicap est le fait qu’il ne parle pas bien français.

Donc, il est le candidat de la gauche social-démocrate qui veut reconquérir le vote ouvrier qui a soutenu les conservateurs de Pierre Poilievre aux dernières élections fédérales.

Pour conclure, le nouveau chef du NPD aura fort à faire pour relancer un parti politique qui est en déroute totale en ce moment. L’avenir sombre pour cette formation politique.»


[1] C’est une politique qui fut adoptée en 2015 et elle reconnaissait le statut particulier réservé au Québec dans un éventuel gouvernement du NPD.

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