L’entreprise montréalaise Deep Sky vient de franchir un jalon que plusieurs observateurs qualifient de décisif dans la lutte contre les changements climatiques. Comme le rapporte Alain McKenna dans La Presse, la société a réussi à capter et stocker du dioxyde de carbone (CO₂) directement prélevé dans l’air, puis enfoui de manière permanente à plusieurs kilomètres sous terre sur son site d’Innisfail, en Alberta. Il s’agit d’une première nord-américaine qui, selon ses dirigeants, marque l’entrée de cette technologie dans une phase de déploiement concret.
Une percée technologique attendue depuis des décennies
Le captage et le stockage du carbone atmosphérique, présenté depuis longtemps par l’industrie énergétique comme une solution incontournable, demeurait jusqu’ici largement théorique. Deep Sky a choisi de miser sur une technologie développée par la société québécoise Skyrenu, qui lui a permis de démontrer qu’un tel projet pouvait fonctionner à l’échelle d’un site pilote. Selon McKenna, ce succès survient alors que le gouvernement de Mark Carney mise lui aussi fortement sur cette approche pour réduire la pollution issue de l’exploitation pétrolière albertaine — un secteur qui explique en grande partie l’échec répété du Canada à atteindre ses cibles climatiques.
Des ambitions internationales, mais des racines québécoises
Dans ses propos rapportés par La Presse, Mathieu Bouchard, vice-président aux politiques publiques et aux affaires réglementaires de Deep Sky, tempère l’enthousiasme : « On ne réglera pas les changements climatiques avec ce seul site, mais c’est le premier endroit où on opère toute la chaîne en même temps. » Le site albertain, nommé Deep Sky Alpha, pourrait retirer 3000 tonnes de CO₂ par an — une fraction des ambitions de l’entreprise à Thetford Mines, où elle vise 500 000 tonnes par an. L’objectif ultime est de déployer des installations capables de capter 1 million de tonnes annuellement, une échelle nécessaire pour contribuer de manière significative aux efforts mondiaux.
McKenna rapporte que Deep Sky s’appuie sur les constats du GIEC, selon lequel il faudrait éliminer près de 10 milliards de tonnes de CO₂ par an d’ici 2050 pour limiter l’impact de l’activité humaine sur le climat. L’organisation internationale se montre désormais sceptique quant à la faisabilité de cette cible, mais Deep Sky affirme vouloir accélérer le déploiement de sa technologie de façon exponentielle, à l’image de ce qui s’est produit avec l’éolien et le solaire.
Le nerf de la guerre : les coûts
Le principal obstacle demeure économique. Comme le souligne McKenna, le captage et stockage d’une tonne de CO₂ coûte aujourd’hui autour de 1200 $, alors qu’il faudrait descendre sous la barre des 200 $ pour en faire une solution viable. L’approche de Deep Sky est de miser sur des modules fabriqués à faible coût et en série, ce qui permettrait d’industrialiser rapidement la technologie.
En seulement un an, la société a mis en place son premier captage en Alberta, preuve, selon Bouchard, que « tout ça est en train d’arriver ». Pour l’instant, Deep Sky a levé 130 millions de dollars d’investisseurs, parmi lesquels Investissement Québec, la Banque Royale et le fonds Breakthrough Energy Catalyst du milliardaire Bill Gates. À travers ses crédits carbone, Microsoft — cofondée par Gates — contribue aussi indirectement au financement de ces projets.
Vers un déploiement commercial
Alain McKenna rapporte que Deep Sky prépare une ronde de financement de série B dans les prochains mois, qui pourrait amorcer une véritable phase commerciale. Le contexte politique semble favorable : le gouvernement Carney a annoncé son intention de soutenir le captage et le stockage du carbone dans ses budgets futurs. L’entreprise espère donc que le signal envoyé par Ottawa renforcera la crédibilité de ce secteur naissant.
« Notre marché est international, mais en tant qu’entreprise québécoise, on préférerait continuer de grandir ici », conclut Mathieu Bouchard dans son entrevue à La Presse.



