Demandes d’asile en chute de 40 % : un répit pour le Canada, mais un système toujours brisé

L’auteure Tracy Moran rapporte dans le National Post que les demandes d’asile au Canada ont chuté de près de 40 % en 2025 par rapport à l’année précédente, un recul attribuable à la fois aux changements de politiques migratoires aux États-Unis et aux efforts, encore imparfaits, du gouvernement canadien pour reprendre le contrôle de ses frontières.

L’effet Trump et la fermeture du robinet migratoire

Selon Tracy Moran, la dynamique s’explique d’abord par le revirement spectaculaire opéré chez nos voisins du sud. Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) a récemment proclamé avoir atteint « zéro migration irrégulière », un slogan martelé par Donald Trump et ses équipes depuis son retour à la Maison-Blanche. Si les experts jugent cette affirmation hyperbolique — car aucune démocratie occidentale ne peut réellement prétendre à zéro migration illégale — les données américaines confirment une baisse historique des passages clandestins.

Les chiffres rapportés par le National Post sont éloquents : en juin et juillet 2025, les interceptions américaines se sont établies respectivement à 8 024 et 6 177, soit une chute de 90 % par rapport à 2024. Le resserrement de la frontière sud des États-Unis et un discours politique ferme ont eu un effet d’entraînement immédiat sur le flux migratoire vers le Canada.

Baisse marquée au nord du continent

Ce reflux se traduit directement à la frontière canado-américaine. Moran rapporte que les appréhensions au Canada sont passées de 3 601 en juin 2024 à seulement 702 en juin 2025, soit une baisse de 81 %. Le mois de juillet confirme la tendance : 554 cas contre 3 037 un an plus tôt.

Sur l’ensemble du premier semestre, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a traité 57 440 demandes d’asile, contre 91 540 pour la même période en 2024. En une année, les demandes sont passées de 171 840 à un rythme qui laisse entrevoir une contraction de 40 %.

Des failles persistantes dans le système canadien

Mais derrière la baisse quantitative, Moran souligne que de nombreux experts jugent le système canadien toujours déficient. Christian Leuprecht, politologue à l’Université Queen’s et au Collège militaire royal, rappelle que le Canada ne dispose pas d’une véritable patrouille frontalière. La surveillance repose sur une combinaison de la GRC, peu dotée en effectifs, et de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), concentrée sur les points d’entrée officiels.

Pour Kelly Sundberg, professeur de criminologie à l’Université Mount Royal, le problème est encore plus profond : le Canada « ne fait pratiquement rien en matière de filtrage ». Moran rapporte ses inquiétudes face à des visas délivrés sans vérifications biométriques suffisantes et à des procédures trop légères dans les aéroports. Keith Cozine, expert en sécurité à St. John’s University, ajoute que le véritable point faible se situe aux aéroports et ports maritimes, où le niveau de contrôle est inférieur à celui appliqué par les États-Unis.

Des exemples troublants et un arriéré colossal

Tracy Moran rappelle aussi l’affaire Ahmed Eldidi, lié à l’État islamique, qui avait obtenu asile, résidence permanente et citoyenneté malgré ses antécédents. Pour Sundberg, ce type de scandale illustre la « crise de légitimité » d’un système jugé « brisé ».

En parallèle, l’arriéré des dossiers atteint des sommets : 294 423 demandes d’asile étaient en attente d’examen à l’été 2025. Moran souligne que cette lenteur crée une injustice double : elle pèse sur les demandeurs, qui attendent parfois cinq ans avant une décision, et elle mine la confiance du public dans la gestion migratoire.

Les réformes controversées du projet de loi C-2

Pour tenter de corriger la situation, le gouvernement de Mark Carney a déposé en juin le projet de loi C-2, rapporté par Moran. Le texte propose de renforcer la surveillance et d’accélérer les expulsions. Mais les mesures suscitent déjà des inquiétudes : limitation à un an pour les demandes d’asile à l’intérieur du pays, possibilité pour les autorités d’exiger des données auprès des fournisseurs internet sans mandat, ou encore élargissement des pouvoirs de déportation.

Leuprecht estime que certaines dispositions extrêmes ont peut-être été insérées pour mieux être atténuées ensuite, en guise de compromis politique. Quoi qu’il en soit, Moran rappelle que le débat sur C-2 cristallisera les tensions entre l’exigence de sécurité et la défense des droits fondamentaux.

Entre perception publique et coopération américaine

Au-delà des chiffres, le véritable défi demeure la perception. Leuprecht met en garde contre l’image d’un Canada perçu, à Washington, comme un pays laxiste. Selon lui, des failles dans le filtrage « peignent une cible massive » sur le pays, en nourrissant l’idée que le Canada ne prend pas ses responsabilités et met en danger la sécurité des États-Unis.

Moran note toutefois que des efforts diplomatiques sont en cours. Les discussions récentes entre Sean Fraser (Justice), Gary Anandasangaree (Sécurité publique), Kevin Brosseau (responsable du dossier fentanyl) et l’attorney general américaine Pam Bondi laissent entrevoir une coopération plus étroite en matière de renseignement et de lutte contre les réseaux de passeurs.

En somme, comme le rapporte Tracy Moran dans le National Post, la baisse des demandes d’asile en 2025 ne doit pas masquer l’ampleur des problèmes structurels du système canadien. Les pressions exercées par la politique migratoire américaine expliquent une bonne part du phénomène, mais les failles internes — du filtrage défaillant aux arriérés ingérables — restent béantes.

Le projet de loi C-2 pourrait amorcer un tournant, mais au prix de débats houleux sur les libertés civiles. Pour l’instant, le Canada connaît un répit statistique, sans que l’intégrité de son système migratoire ne soit réellement rétablie.

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