Le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a confirmé vendredi que les premiers vols de déportation avaient décollé cette semaine du nouveau centre de détention pour migrants situé en plein cœur des Everglades, surnommé « Alligator Alcatraz ». Cette initiative, unique aux États-Unis, marque un tournant radical dans la politique migratoire de l’État.
Un centre de détention inédit, en territoire marécageux
Comme le rapporte Patricia Mazzei du New York Times, ce centre est installé sur un ancien aérodrome militaire à Ochopee, en Floride, et prend la forme d’un regroupement de tentes et de roulottes. Le gouverneur a déclaré que le site avait été réaménagé avec des équipements d’aviation complets : communications sol-air, radars, éclairage de piste et même 5 000 gallons de carburant pour avions.
« Cet aéroport est capable d’accueillir des avions commerciaux et de fonctionner de jour comme de nuit », a déclaré DeSantis lors d’une conférence de presse.
Environ 100 détenus ont été expulsés directement depuis le site, tandis que des centaines d’autres ont été transférés vers des centres fédéraux, notamment en Louisiane. Les vols, selon DeSantis, sont opérés par le Département fédéral de la Sécurité intérieure (DHS).
Opacité, critiques juridiques et environnementales
L’auteure précise que des groupes de défense des droits civiques, notamment l’American Civil Liberties Union (ACLU), ont intenté une action en justice contre l’État de Floride. Eunice Cho, avocate principale au sein du National Prison Project de l’ACLU, affirme que les détenus n’ont pas accès à un avocat, ce qui constitue une violation de la Constitution américaine : « Le gouvernement ne peut simplement enfermer des gens sans qu’ils puissent communiquer avec un avocat ou demander leur libération devant un tribunal. »
Kevin Guthrie, directeur de la Division de gestion des urgences de Floride, a rétorqué que les visites d’avocats commenceraient lundi, en invoquant des « problèmes technologiques » pour justifier le délai.
Sur le plan environnemental, des poursuites ont également été lancées en raison de la proximité du centre avec des zones naturelles protégées. Guthrie a minimisé ces inquiétudes en affirmant que l’aéroport accueillait par le passé « plus d’une centaine de vols par jour », une affirmation que Patricia Mazzei indique ne pas avoir pu vérifier.
La mairesse du comté de Miami-Dade, Daniella Levine Cava, dont le comté est propriétaire du terrain, a dénoncé dans une lettre le manque total de transparence du gouvernement de Floride : « Nos citoyens méritent une pleine responsabilité pour les opérations menées sur une propriété appartenant au comté », écrit-elle.
Coûts faramineux et gouvernance militaire
La Floride prévoit que le centre coûtera environ 450 millions de dollars par an, avec un remboursement partiel de la FEMA (l’agence fédérale de gestion des urgences). Un chiffre jugé exorbitant, même par certains républicains, car supérieur aux coûts moyens d’un détenu en prison d’État ou dans un centre ICE fédéral.
Le gouvernement DeSantis a aussi retiré de son site les contrats complets signés avec les entreprises impliquées dans la gestion du centre, ne laissant que des résumés.
Patricia Mazzei rapporte également que DeSantis souhaite utiliser les officiers du JAG (le corps juridique militaire) de la Garde nationale de Floride pour agir comme juges d’immigration. Toutefois, le gouvernement fédéral n’a pas encore approuvé cette démarche.
Des conditions de détention déplorées
Des témoignages font état de conditions de vie très difficiles dans le centre : nourriture insuffisante, accès limité aux douches, promiscuité. M. DeSantis a tourné en dérision ces plaintes, moquant les détenus qui réclamaient des « sandwichs toastés ».
Un programme de « déportation volontaire »
Enfin, Larry Keefe, directeur exécutif du conseil de l’immigration de l’État, a annoncé un programme pilote incitant les immigrants sans papiers à se déporter eux-mêmes. Patricia Mazzei explique que ce programme diffère de l’initiative fédérale offrant une prime de 1 000 dollars et un billet d’avion : la version floridienne ne propose qu’une assistance logistique. Jusqu’à présent, « quelques dizaines » de personnes auraient choisi cette option, selon DeSantis.
Le centre de détention, qualifié par ses critiques de « goulag des marais », pourrait bientôt doubler sa capacité pour atteindre 4 000 places. Si les flux augmentent, le gouverneur prévoit l’ouverture d’un second centre dans le nord de la Floride.



