Si les mœurs politiques n’ont pas brillé par leur intégrité depuis une trentaine d’années, il faut dire que la crise qui secoue le Parti libéral du Québec est assez emblématique de ce que pourrait être un éventuel gouvernement dirigé par les libéraux. Nous avons appris récemment que, dans les milieux libéraux, un « brownie » désigne un billet de 100 $. Et qu’à notre plus grande surprise, il n’est pas interdit d’acheter des votes dans une course à la chefferie.
Le gouvernement caquiste a ainsi décidé d’interdire cette pratique et de colmater une faille surprenante de la loi électorale. Mais le mal est déjà fait pour les libéraux : Pablo Rodriguez n’est même pas encore élu à l’Assemblée nationale qu’il multiplie les casseroles et remet plus que jamais en question son leadership.
Il a viré la seule députée appréciée de la population que compte ce parti, davantage reconnu pour son côté affairiste et opaque que pour ses idées. Marwah Rizqy était la seule députée du caucus qui avait une aura en dehors du cercle très restreint des libéraux. Elle mettait pas mal tout le monde d’accord sur le fait qu’elle était une personne intègre dans un milieu qui n’est pas habitué à l’honnêteté.
Pablo Rodriguez est le cadeau que les péquistes n’attendaient pas. C’est un chef agressif, batailleur. Une sorte de « goon » à la Chambre des communes qui est arrivé au Québec pour sauver une machine libérale qui n’a pas l’habitude d’être dans l’opposition. Des libéraux qui se voient comme les détenteurs naturels du pouvoir au Québec. Or, l’époque a changé depuis l’ère Charest.
Sous Jean Charest, les réseaux sociaux étaient beaucoup moins omniprésents dans nos vies. Les scandales se succédaient, mais pour la plupart, n’ont pas empêché ce gouvernement de diriger à peu près normalement. Mais les commissions d’enquête qui se sont succédé, le Printemps érable devenu un véritable mouvement social opposé aux libéraux, et surtout l’héritage toxique de Jean Charest ont laissé des traces dans un Québec que plusieurs considèrent comme n’ayant pas une vaste mémoire historique.
Si les péquistes souhaitent accéder au pouvoir, cependant, il est dans leur intérêt que Pablo Rodriguez reste chef des libéraux. Pourquoi ? S’il démissionne — et il y a actuellement une pétition dans les cercles libéraux — cela pourrait ouvrir la voie à un Charles Milliard, qui pourrait devenir chef du parti. S’il parle d’économie, dans un contexte défavorable aux citoyens qui en arrachent avec l’inflation, les tarifs et la hausse insuffisante des salaires, cela pourrait éventuellement faire mal au Parti Québécois. Même si cela demeure peu probable pour le moment.



