Des liens politiques derrière un projet éolien financé par Ottawa en Nouvelle-Écosse

Un projet d’énergie éolienne en Nouvelle-Écosse reçoit des centaines de millions de dollars en soutien fédéral, mais sa structure de propriété soulève déjà des questions politiques. Comme le rapporte le journaliste Aaron Beswick dans le Chronicle Herald, l’entreprise derrière ce parc éolien de Queens County est en grande partie contrôlée par des membres de familles liées à d’anciens députés libéraux fédéraux.

L’affaire met en lumière un mélange délicat entre financement public, transition énergétique et réseaux politiques dans une province où l’industrie énergétique demeure fortement réglementée.

Un parc éolien de 231 millions soutenu par Ottawa

Le projet Mersey River Wind, situé dans le comté de Queens en Nouvelle-Écosse, bénéficie d’un important appui financier fédéral. Selon Aaron Beswick du Chronicle Herald, l’annonce officielle a été faite lors d’un événement à Hunts Point réunissant le ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles Tim Hodgson, le ministre du Logement et des Infrastructures Gregor Robertson, le PDG de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) Ehren Cory, ainsi que le premier ministre néo-écossais Tim Houston.

Le montage financier comprend : 206 millions de dollars sous forme de prêt de la Banque de l’infrastructure du Canada, 25 millions de dollars de contribution de Ressources naturelles Canada, un crédit d’impôt fédéral pour les technologies propres pouvant atteindre 122,5 millions de dollars

La Banque de l’infrastructure du Canada, une société d’État fédérale, a toutefois refusé de divulguer le taux d’intérêt ou les conditions du prêt, précise Beswick.

Ressources naturelles Canada a indiqué que son financement prenait la forme d’une contribution conditionnellement remboursable, dont le remboursement dépendrait des profits générés par le projet durant les cinq premières années d’exploitation.

Une structure de propriété liée à des familles politiques

Au cœur des critiques se trouve la société Roswall Development Inc., qui possède l’entreprise Renewall Energy, responsable de vendre l’électricité produite par le parc éolien directement aux consommateurs.

Selon les informations tirées du registre des sociétés, rapportées par Aaron Beswick dans le Chronicle Herald, le conseil d’administration de Roswall comprend :

  • Michel Samson, ancien chef intérimaire du Parti libéral de la Nouvelle-Écosse et ancien député provincial
  • Edgar Samson, frère de Darrel Samson, ancien député libéral fédéral
  • Mitchell Brison, frère de l’ancien président du Conseil du Trésor et député libéral Scott Brison
  • Dan Roscoe, président de Renewall et gendre de l’ancien député libéral David Dingwall
  • David Howell, directeur financier de Brison Developments
  • Scott Rodgers et Ramsey Ali, représentants du fonds d’infrastructure international Slate Asset Management

Ces liens familiaux avec plusieurs figures libérales ont alimenté les critiques sur un possible favoritisme politique dans l’attribution du financement.

Michel Samson rejette toute influence politique

Interrogé par le Chronicle Herald, Michel Samson a catégoriquement nié toute intervention politique dans l’obtention du soutien fédéral.

« Absolument pas. La politique n’a rien à voir là-dedans », a-t-il déclaré à Aaron Beswick.

Samson soutient que les aides financières accordées au projet sont comparables à celles accordées à d’autres initiatives énergétiques dans la province, notamment pour des projets de batteries ou pour l’interconnexion électrique avec le Nouveau-Brunswick.

Il rejette également l’idée que les administrateurs de Roswall soient simplement des proches de politiciens.

Selon lui, Edgar Samson possède une longue expérience dans l’industrie des produits de la mer avec l’entreprise Premium Seafoods, tandis que Mitchell Brison dirige Brison Developments, une importante firme de construction dans la vallée d’Annapolis.

Quant au président de Renewall, Dan Roscoe, Samson souligne qu’il est ingénieur électricien et travaille depuis plus d’une décennie à créer un concurrent vert à Nova Scotia Power.

Lorsque la question des connexions politiques lui a été posée, Samson a répondu avec une formule devenue notable : « C’est une petite province. »

Un projet qui veut concurrencer Nova Scotia Power

Le parc éolien Mersey River Wind comptera 33 turbines capables de produire 148,5 mégawatts d’électricité.

L’électricité sera vendue par Renewall directement aux clients grâce au programme provincial Renewable to Retail, créé il y a une dizaine d’années pour permettre l’émergence de concurrents à Nova Scotia Power, le fournisseur historique.

Les consommateurs qui choisiront Renewall continueront toutefois de payer les frais de base de Nova Scotia Power et un tarif pour le transport de l’électricité sur son réseau.

L’entreprise affirme déjà avoir signé des contrats avec 32 clients commerciaux et industriels, dont la municipalité régionale de Halifax, qui prévoit acheter environ 33 000 mégawattheures, soit près de 45 % de sa demande énergétique corporative, selon les informations rapportées par le Chronicle Herald.

Le projet est présenté par le premier ministre Tim Houston comme un pas vers davantage de concurrence dans le marché de l’électricité.

« Cela offrira aux Néo-Écossais un choix quant à l’endroit où ils achètent leur électricité », a-t-il déclaré lors de l’annonce.

Des critiques de favoritisme

L’ancien député conservateur Rick Perkins, qui représentait la circonscription fédérale South Shore—St. Margarets, a vivement critiqué le soutien fédéral.

Comme le rapporte Aaron Beswick dans le Chronicle Herald, Perkins s’interroge notamment sur la nécessité d’un prêt à taux préférentiel de la Banque de l’infrastructure du Canada alors que le projet bénéficie déjà d’importants crédits d’impôt.

« Pourquoi une entreprise qui peut déduire 130 % de ses dépenses en capital grâce aux crédits d’impôt aurait-elle besoin d’un prêt à faible taux de 206 millions de dollars, alors que ce projet pourrait facilement être financé par le secteur privé ? » a-t-il déclaré.

Perkins affirme soutenir le principe du programme Renewable to Retail, qu’il juge positif pour introduire de la concurrence, mais il accuse Ottawa de « choisir ses gagnants et ses perdants ».

Il souligne qu’un projet industriel majeur — une nouvelle usine de pâte kraft évaluée à 3 milliards de dollars dans le même comté — n’a pas obtenu un prêt d’environ 1 milliard de dollars demandé à la Banque de l’infrastructure du Canada.

« Peut-être qu’ils avaient simplement besoin de plus de libéraux sur leur conseil d’administration », a-t-il lancé.

Un projet énergétique au cœur des tensions politiques

Les premières turbines du projet Mersey River Wind devraient entrer en service d’ici la fin de l’année, les autres étant installées progressivement sur deux ans. Elles seront érigées sur d’anciennes terres de Bowater-Mersey, louées au gouvernement provincial.

Au-delà de l’infrastructure énergétique elle-même, la controverse révèle un débat plus large sur la manière dont Ottawa finance la transition énergétique : entre développement industriel, investissements publics massifs et accusations de favoritisme politique.

Le projet pourrait marquer un tournant pour le marché de l’électricité en Nouvelle-Écosse en introduisant un nouveau fournisseur, mais il illustre aussi les tensions persistantes entourant la gestion des fonds publics et l’influence des réseaux politiques dans l’économie verte.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine