Alors que le projet de train à grande vitesse Alto n’a toujours pas de tracé définitif et que la construction ne devrait pas commencer avant plusieurs années, la Fédération canadienne des contribuables (FCC) dénonce le versement de 2,8 millions de dollars en primes aux dirigeants et employés de la société d’État.
Selon un communiqué publié jeudi par la Fédération canadienne des contribuables, les documents gouvernementaux obtenus grâce à une question inscrite au Feuilleton par le député conservateur Andrew Scheer révèlent qu’Alto a versé 2,8 millions de dollars en primes entre le 1er janvier et le 16 juillet 2025.
« Pourquoi les dirigeants de ce projet ferroviaire s’accordent-ils des primes financées par les contribuables alors qu’ils n’ont pas encore posé un seul mètre de rail? », demande Nicolas Gagnon, directeur Québec de la Fédération canadienne des contribuables.
« Les contribuables ne devraient pas payer des primes pour des résultats qui n’existent pas. On ne récompense pas un travail avant même qu’il ait commencé », ajoute-t-il.
Plus d’un million pour les dirigeants
Les documents indiquent que les 18 dirigeants d’Alto se sont partagé environ 1,2 million de dollars en primes, soit une moyenne d’environ 68 500 dollars chacun.
Les 116 employés non cadres ont également reçu une prime, pour un montant total d’environ 1,5 million de dollars.
Ces versements surviennent alors que le projet demeure loin d’entrer dans sa phase de construction. La pose des rails n’est pas envisagée avant 2029 au plus tôt, et le tracé définitif du corridor entre Québec et Toronto n’a toujours pas été arrêté.
Le président-directeur général d’Alto, Martin Imbleau, avait d’ailleurs reconnu à Radio-Canada que la société ne disposait pas encore d’un tracé suffisamment précis pour amorcer les travaux.
Malgré cela, Alto a coûté près de 597 millions de dollars aux contribuables pour l’exercice 2025-2026, selon le Budget principal des dépenses. La société estime par ailleurs que le coût total du projet pourrait atteindre jusqu’à 90 milliards de dollars.
Une culture des primes à Ottawa?
Pour Nicolas Gagnon, cette situation dépasse largement le seul dossier Alto.
« Le premier ministre Mark Carney doit mettre fin à la culture des privilèges à Ottawa. Certains hauts dirigeants du gouvernement semblent croire qu’ils méritent des bonus simplement pour s’être présentés au travail », affirme-t-il.
La Fédération soutient que VIA Rail illustre également cette tendance.
Selon les documents obtenus, la société d’État ferroviaire a versé 10,3 millions de dollars en primes au cours de la dernière année. Les huit dirigeants ont tous reçu une prime, d’une valeur moyenne de 115 293 dollars, tandis que 99 % des employés non cadres ont également touché un bonus, représentant environ 9,4 millions de dollars supplémentaires.
Pourtant, rappelle la Fédération, VIA Rail continue d’accumuler des pertes importantes. Son plus récent rapport annuel indique que le gouvernement fédéral lui a versé 1,8 milliard de dollars au cours des cinq dernières années afin de compenser ses pertes d’exploitation. Le même rapport fait également état d’un taux de ponctualité de seulement 35 % l’an dernier.
Des centaines de millions en primes dans la fonction publique
La Fédération estime que ces cas s’inscrivent dans un phénomène beaucoup plus large au sein de l’administration fédérale.
Selon les données gouvernementales citées par l’organisme, environ 98 % des cadres de la fonction publique fédérale ont reçu une prime en 2024-2025, pour un coût total de 201 millions de dollars.
Or, durant cette même période, les ministères fédéraux n’auraient atteint que 54 % de leurs objectifs de rendement.
« Le gouvernement fédéral affiche une dette de plus de 1 300 milliards de dollars. Ces primes financées par les contribuables devraient être parmi les premières dépenses à être éliminées », soutient Nicolas Gagnon.
La Fédération canadienne des contribuables conclut que le versement de bonus malgré des résultats jugés insatisfaisants est devenu une pratique courante à Ottawa, plutôt qu’une exception.



