Des millions pour nous faire manger des insectes : encore un fiasco payé par les contribuables

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans l’effondrement de la plus grande ferme de grillons au monde, financée en partie par l’argent des contribuables canadiens. Derrière ce fiasco industriel, rapporté par CBC News sous la plume de Colin Butler, se dessine une tendance lourde de notre époque : celle d’un État qui ne se contente plus d’encadrer l’économie, mais cherche à redéfinir les comportements, les habitudes et jusqu’à l’assiette des citoyens.

Une utopie subventionnée

Le projet d’Aspire Food Group, installé à London en Ontario, incarnait à lui seul cette ambition technocratique. Présentée comme la plus grande ferme de grillons au monde, l’installation devait produire des millions de kilogrammes de protéines « durables » à partir d’insectes, dans une logique de transition écologique et de lutte contre l’insécurité alimentaire.

L’idée n’était pas marginale. Elle s’inscrivait dans une vision globale promue depuis des années par des institutions comme le Forum économique mondial, souvent associée à des figures comme Klaus Schwab, où l’on évoque ouvertement la transformation des modes de vie occidentaux — consommation, propriété, alimentation — au nom d’impératifs climatiques et sociaux.

Mais cette vision s’est heurtée à un obstacle bien plus concret que les modèles théoriques : la réalité humaine.

Le mur du réel : le « yuck factor »

Comme le souligne la professeure Sadaf Mollaei dans l’article de CBC, le principal frein à l’adoption des insectes comme source alimentaire demeure le dégoût instinctif des consommateurs. Ce que les experts appellent pudiquement le “yuck factor”.

Ce rejet n’est ni irrationnel ni passager. Il est culturel, enraciné, profondément humain. Et surtout, il est prévisible.

Autrement dit : des millions de dollars ont été investis dans une industrie dont la demande n’existait pas — et dont on savait qu’elle serait difficile, voire impossible, à créer à grande échelle en Amérique du Nord.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que, loin d’être une alternative économique, la protéine d’insectes demeure un produit de niche coûteux. À près de 50 dollars pour 454 grammes de poudre de grillons, elle dépasse largement le prix de nombreuses viandes traditionnelles.

Nous ne sommes donc pas face à une innovation disruptive portée par le marché, mais à une construction artificielle, soutenue par des subventions et des narratifs idéologiques.

Quand l’État remplace le marché

Ce qui choque dans ce dossier, ce n’est pas simplement l’échec — inhérent à toute activité économique — mais la manière dont il a été orchestré.

Le projet Aspire a bénéficié de dizaines de millions de dollars en prêts et subventions publiques. Agriculture and Agri-Food Canada y a injecté environ 8,5 millions de dollars, dont la grande majorité reste impayée. De son côté, Farm Credit Canada était exposée à hauteur d’environ 41 millions de dollars.

Et aujourd’hui? L’entreprise est en faillite, le site a été vendu, et le prix de vente demeure… secret.

Autrement dit, les contribuables ont assumé le risque, mais n’auront probablement jamais accès à la transparence complète sur les pertes réelles.

Ce modèle — socialiser les pertes, privatiser les gains éventuels — est devenu tristement banal dans les politiques industrielles contemporaines.

L’ingénierie sociale dans l’assiette

Mais au-delà des chiffres, c’est la logique même du projet qui mérite d’être interrogée.

Pourquoi l’État canadien s’est-il engagé aussi massivement dans une industrie aussi incertaine? Pourquoi chercher à promouvoir un produit que les consommateurs ne demandent pas?

La réponse tient en un mot : ingénierie sociale.

Depuis plusieurs années, une partie des élites politiques et technocratiques considère que les modes de vie occidentaux — alimentation comprise — doivent être transformés, voire « déconstruits », pour répondre aux objectifs climatiques. Dans cette logique, la viande traditionnelle devient problématique, tandis que les alternatives comme les insectes sont valorisées, indépendamment de leur acceptabilité sociale.

C’est dans ce contexte qu’ont émergé des slogans devenus viraux, comme le fameux « vous ne posséderez rien et serez heureux », souvent attribué à des réflexions issues du Forum économique mondial.

Le désormais célèbre « you will eat the bugs » — caricatural mais révélateur — traduit une inquiétude bien réelle : celle de voir des choix fondamentaux imposés d’en haut, au nom d’une vision abstraite du bien commun.

Une leçon ignorée?

L’échec d’Aspire Food Group aurait pu servir de signal d’alarme. Il aurait pu rappeler une vérité simple : les marchés ne se décrètent pas, et les comportements humains ne se reprogramment pas par décret ou subvention.

Au lieu de cela, il y a fort à parier que d’autres projets similaires verront le jour, portés par les mêmes logiques, les mêmes certitudes, et les mêmes risques pour les finances publiques.

Car tant que l’État continuera de vouloir remplacer le jugement des consommateurs par celui des experts, les contribuables continueront de payer pour des expériences qui échouent à passer le test le plus fondamental : celui de la réalité.

Et dans ce cas précis, la réalité est limpide : non, les Canadiens ne veulent pas manger des grillons.

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