Des trésors autochtones foulent de nouveau le sol canadien après des décennies au Vatican

Les informations rapportées par La Presse canadienne sur CTV News mettent en lumière un moment historique pour les Premières Nations du pays : le retour sur le sol canadien de 61 artefacts autochtones longtemps conservés au sein de la collection du Vatican. Les propos recueillis auprès de la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, ainsi que de jeunes représentants autochtones, soulignent la portée culturelle, spirituelle et mémorielle de cette restitution.

Samedi matin, à l’aéroport de Montréal, des leaders des Premières Nations, des Inuits et des Métis se rassemblent pour accueillir ces objets qui, depuis des décennies, étaient conservés dans les réserves muséales du Vatican. Cindy Woodhouse Nepinak explique que ce geste marque un début concret pour réparer des torts historiques : elle tient à exprimer sa reconnaissance envers le défunt pape François et le nouveau pape, Léon, pour avoir répondu aux demandes répétées des communautés. Marc Miller, ministre fédéral de l’Identité et de la Culture et ancien ministre des Relations Couronne-Autochtones, souligne pour sa part être ravi de voir enfin aboutir ce processus qu’il suit depuis plusieurs années.

Ce retour ne s’est pas fait du jour au lendemain. Les appels à la restitution remontent à de nombreuses années, intensifiés lors de la visite d’une délégation des Premières Nations au Vatican en 2022. Les leaders y avaient pu observer certains artefacts : des gants brodés, un kayak, un porte-bébé, entre autres objets témoignant d’un savoir-faire et d’une histoire interrompue. Malgré cette rencontre, ils étaient repartis sans les objets, mais avec une volonté redoublée d’enclencher la repatriation.

Pour Woodhouse Nepinak, cette quête est intimement liée à une trajectoire de reconnaissance et de vérité amorcée en 2006 lors des excuses de l’ancien premier ministre Stephen Harper pour le système des pensionnats autochtones. Ces excuses ont ouvert la voie à la Commission de vérité et réconciliation et à ses 94 appels à l’action, dont plusieurs portent sur les musées, les archives et la restitution d’objets culturels. Elle rappelle avoir contribué, sous la direction d’anciens chefs et d’aînés, à la résolution de l’Assemblée des Premières Nations réclamant le retour de ces artefacts.

Ce processus s’est intensifié à la suite de la découverte, en 2021, de possibles sépultures anonymes sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops. Cette tragédie a provoqué une onde de choc mondiale et accéléré les démarches pour que les objets sacrés ou culturels soient rapatriés et réintégrés dans leur contexte d’origine.

Dans l’avion qui les ramène au pays, les 61 objets seront accompagnés par des jeunes délégués autochtones. Katisha Paul et Peyal Laceese, contactés par La Presse canadienne depuis Francfort avant leur embarquement, insistent sur l’importance du moment. Paul décrit les émotions vécues au sein de la délégation, plusieurs ayant pleuré en ressentant la charge spirituelle du geste. Laceese souligne que ces artefacts sont bien plus que des objets matériels : selon lui, ils incarnent des mémoires, des pratiques, des énergies autrefois arrachées aux peuples. Les rapporter revient à revitaliser un lien interrompu et à redonner souffle aux transmissions ancestrales.

Les deux jeunes rappellent que la véritable vocation de cette restitution est collective. Ils encouragent les communautés à voir dans ces retours une occasion d’unification et d’apprentissage. Les artefacts doivent être reçus comme des enseignants, porteurs d’un savoir technique, artistique et spirituel. Laceese invite les jeunes à prendre leur place, à manier les outils transmis par leurs aînés, afin de poursuivre ce travail de reconstruction culturelle.

Les objets ne seront exposés au public qu’au début de la nouvelle année, le temps qu’ils s’acclimatent au climat local. Woodhouse Nepinak mentionne que les experts recommandent une période de stabilisation, notamment en raison des différences d’humidité et de qualité de l’air entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Pour la cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, cette arrivée n’est qu’une première étape. Elle affirme que d’autres objets se trouvent encore au Vatican et que le travail de restitution se poursuivra. Pour les Premières Nations, le retour de ces artefacts représente non seulement une réparation symbolique, mais aussi une reconquête culturelle essentielle : celle de raconter elles-mêmes leur histoire, de redonner vie aux savoirs traditionnels et de restaurer un lien vital avec les générations passées.

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