Les récentes condamnations à New York de deux hommes impliqués dans le financement de l’État islamique (ISIS) viennent confirmer l’existence d’un réseau transfrontalier s’étendant jusqu’au Canada. Un article signé par Elianna Lev et publié le 28 octobre 2025 sur CTV News rapporte que cette affaire, comportant une forte connexion canadienne, illustre la sophistication des méthodes employées par les sympathisants djihadistes pour contourner la surveillance financière, notamment à travers les cryptomonnaies et les plateformes de dons en ligne.
Selon le département américain de la Justice (DOJ) cité par CTV News, Abdullah At Taqi, 26 ans, résident du quartier de Queens (New York), a été reconnu coupable par un jury à Brooklyn de conspiration et de tentative de fournir un soutien matériel à l’État islamique, ainsi que de blanchiment d’argent. Son co-accusé Mohamad David Hashimi avait, pour sa part, plaidé coupable à toutes les accusations antérieurement.
Les deux hommes risquent chacun jusqu’à 60 ans de prison.
Des transferts cryptographiques et des dons en ligne détournés
L’enquête du DOJ a révélé que plus de 24 000 $ US avaient été transférés à l’adresse bitcoin d’un individu se présentant comme membre de l’État islamique, Osama Obeida, et qu’un montant additionnel de 1 000 $ US lui avait été versé via PayPal. Les principaux accusés — At Taqi, Hashimi, Seema Rahman et Khalilullah Yousuf — ont aussi utilisé GoFundMe pour lever des fonds sous de faux prétextes humanitaires.
CTV News rapporte que Rahman et Yousuf, ce dernier étant résident de Toronto, ont établi plusieurs campagnes de financement participatif prétendant aider des causes charitables. En réalité, ces fonds — environ 10 000 $ dans le cas de Rahman — étaient envoyés via Western Union à des contacts liés à Obeida.
Les preuves présentées au procès démontrent qu’At Taqi a effectué 15 transactions distinctes en bitcoin sur près d’un an, en expliquant à une source confidentielle qu’il utilisait cette méthode pour transférer de l’argent « sans être remarqué ». Le DOJ précise qu’il communiquait sur une plateforme chiffrée avec un « frère » — un terme courant parmi les sympathisants de l’État islamique — qu’il savait affilié à « Dawlah », le nom utilisé par l’organisation pour se désigner elle-même.
Une preuve directe de l’usage des fonds pour des activités terroristes
CTV News cite le département de la Justice selon lequel Obeida a confirmé à la même source confidentielle que les fonds servaient à l’achat d’armes, en transmettant une photo d’un drapeau de l’État islamique entouré d’armes et annotée du pseudonyme de l’interlocuteur et de la date, pour authentifier la transaction. Obeida aurait également demandé à At Taqi de supprimer ses messages et de modifier son adresse IP afin d’éviter toute détection.
Hashimi, pour sa part, était actif dans un groupe de discussion en ligne composé de partisans de l’État islamique. En avril 2021, le groupe échangeait sur des liens de collecte de fonds présentés comme humanitaires, mais qui servaient à financer les moudjahidines — terme que le DOJ associe ici directement aux combattants de l’État islamique. Hashimi aurait même averti les autres membres d’être prudents lorsqu’ils partageaient les liens PayPal ou bitcoin liés à Obeida, craignant qu’ils soient repérables par les autorités.
Une implication canadienne majeure : le cas de Toronto
CTV News rappelle que Khalilullah Yousuf, citoyen canadien résidant à Toronto, avait plaidé coupable en mai 2025 à deux chefs d’accusation dans ce que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a décrit comme « le plus important réseau de financement du terrorisme au pays ». De son côté, Seema Rahman avait admis en janvier 2025 avoir apporté un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère.
Ce volet canadien de l’affaire illustre la portée transfrontalière des réseaux de financement terroriste, combinant cryptomonnaies, plateformes numériques et transferts interpersonnels pour dissimuler la destination réelle des fonds.
Un rappel de vigilance face aux réseaux numériques extrémistes
La condamnation d’Abdullah At Taqi et de Mohamad David Hashimi marque une étape majeure dans la lutte contre le financement du terrorisme à l’ère numérique. Comme le souligne CTV News, cette affaire met en lumière la manière dont des individus isolés, apparemment sans liens directs avec les zones de conflit, peuvent contribuer au maintien logistique d’organisations violentes comme l’État islamique, désignée organisation terroriste par les gouvernements canadien et américain, ainsi que par les Nations unies.
Au-delà des condamnations individuelles, cette affaire met en garde contre la facilité avec laquelle des structures décentralisées peuvent exploiter les failles des systèmes de dons en ligne et des crypto-actifs — des outils initialement conçus pour la solidarité ou l’innovation technologique — au profit d’idéologies meurtrières.



