Dissolution de Samidoun : Ottawa met fin à une anomalie dénoncée depuis des mois

Après des mois de controverses et de pressions politiques, le gouvernement fédéral vient finalement de poser un geste concret dans le dossier Samidoun. Une décision attendue, mais qui soulève aussi une question plus large : pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour agir contre une organisation déjà reconnue comme terroriste?

Une dissolution officielle… pour non-conformité

Comme le rapporte La Presse canadienne (The Canadian Press), le Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network, un groupe pro-palestinien basé en Colombie-Britannique et inscrit sur la liste des entités terroristes du Canada depuis 2024, a été officiellement dissous.

Selon les données du registre fédéral des entreprises d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada, l’organisation a été « dissoute pour non-conformité » vendredi dernier.

Cette précision est importante : ce n’est pas directement la désignation terroriste qui a entraîné la dissolution, mais plutôt un manquement administratif. Autrement dit, Ottawa a mis fin à l’existence légale du groupe par un détour bureaucratique — une réalité qui illustre bien les limites du système canadien dans ce type de dossier.

Un groupe au cœur des controverses

Samidoun n’était pas un acteur marginal. L’organisation s’était imposée, depuis les attaques du 7 octobre 2023, comme un des pôles de mobilisation pro-palestinienne les plus visibles au Canada.

La Presse canadienne rappelle notamment que Charlotte Kates, l’une des dirigeantes du groupe, avait été arrêtée en 2024 après avoir déclaré « longue vie au 7 octobre » lors d’un rassemblement — une référence explicite à l’attaque du Hamas contre Israël. Elle avait par la suite été libérée sous conditions, sans qu’aucune accusation ne soit portée.

Cette séquence avait fortement contribué à alimenter les critiques envers les autorités canadiennes, accusées de tolérer — voire d’encadrer passivement — des discours perçus comme une apologie du terrorisme.

Une victoire revendiquée par les groupes communautaires

La dissolution de Samidoun a été saluée par le Centre for Israel and Jewish Affairs (CIJA), qui y voit une « victoire importante pour la communauté ».

Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, l’organisation affirme que cette décision reflète des efforts « soutenus et déterminés » de plaidoyer. Elle ajoute que « les organisations et individus liés au terrorisme n’ont pas leur place sous la protection du droit canadien », appelant Ottawa à continuer d’utiliser tous les outils disponibles pour protéger la population.

Une incohérence enfin corrigée

Cette annonce vient confirmer ce que nous rapportions déjà en septembre 2025 : le cas Samidoun constituait une anomalie juridique majeure.

À l’époque, comme le rapportait Stuart Thomson dans le National Post, Ottawa reconnaissait lui-même l’absurdité de la situation : une organisation officiellement désignée terroriste continuait pourtant d’exister comme entité enregistrée au Canada.

La ministre fédérale de l’Industrie avait alors promis d’agir « de toute urgence » pour corriger cette faille. Il aura fallu plusieurs mois — et une dissolution pour non-conformité — pour que cette promesse se matérialise.

Un symptôme d’un problème plus large

Au-delà du cas Samidoun, cette affaire s’inscrit dans un contexte plus inquiétant.

Comme nous le rapportions précédemment, un sondage Léger révélait qu’un jeune Canadien sur cinq estime que le terrorisme peut être justifié dans certaines circonstances. Cette évolution des perceptions, combinée à la montée de mouvements militants de plus en plus radicaux, pose un défi direct aux institutions.

Des groupes comme le Turtle Island Liberation Front, évoqué récemment dans le National Post, illustrent également cette dérive vers une rhétorique de confrontation totale, où la violence est parfois présentée comme un outil politique légitime.

Une réponse tardive, mais nécessaire

La dissolution de Samidoun marque donc une étape importante. Elle met fin à une contradiction difficilement défendable dans l’architecture juridique canadienne.

Mais elle soulève aussi une interrogation fondamentale : combien d’autres situations similaires persistent encore, à l’abri de failles administratives ou d’une volonté politique hésitante?

Car si Ottawa a fini par agir, c’est aussi sous la pression médiatique, communautaire et politique. Une réalité qui, pour plusieurs observateurs, témoigne moins d’une stratégie cohérente de lutte contre le terrorisme que d’une gestion réactive des crises.

Dans un contexte de radicalisation idéologique accrue et de tensions géopolitiques persistantes, cette question risque de revenir — et rapidement.

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