Dix ans après les attentats de Paris, la menace djihadiste a changé de visage

Le journaliste Fabien Zamora, de l’Agence France-Presse, a rencontré plusieurs experts et responsables de la sécurité française pour dresser un constat glaçant : dix ans après le 13 novembre 2015, la menace djihadiste n’a pas disparu. Elle s’est déplacée, transformée, et s’est enracinée ailleurs — notamment en Afrique, aujourd’hui devenu l’épicentre du terrorisme mondial.

Dans la nuit du 13 novembre 2015, Paris fut frappée par une série d’attaques coordonnées qui ont fait 130 morts. Des explosions ont retenti près du Stade de France, des fusillades ont éclaté dans des cafés bondés, et le Bataclan est devenu le symbole du drame, où 90 spectateurs ont été abattus pendant un concert. Le seul survivant du commando, Salah Abdeslam, purge aujourd’hui une peine de prison à vie.

Depuis, les deux grandes organisations terroristes — l’État islamique et Al-Qaïda — ont perdu leurs bastions en Syrie et en Irak, et leurs chefs emblématiques, Abou Bakr al-Baghdadi et Ayman al-Zawahiri, ont été tués par des frappes américaines. Pourtant, malgré la mort de leurs dirigeants, leur idéologie reste intacte. Leur objectif, rappelle l’expert Marc Hecker, demeure la création d’un califat mondial régi par la loi islamique.

L’Europe, de son côté, fait face à une menace d’un autre type. Fini les commandos formés à l’étranger : ce sont désormais des individus isolés, radicalisés sur internet, qui passent à l’acte. « Nous sommes passés d’une menace projetée à une menace née chez nous », résume Olivier Christen, procureur national antiterroriste.

Mais si le Vieux Continent respire un peu mieux, c’est parce que le feu brûle désormais ailleurs. Le cœur du djihadisme mondial s’est déplacé vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Des milliers de combattants, affiliés à Daech ou à Al-Qaïda, opèrent dans la région du lac Tchad, au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda, impose aujourd’hui des blocus économiques et menace plusieurs régimes.

Les spécialistes du Soufan Center, un institut américain de sécurité, redoutent qu’une chute du Mali ne provoque un effet domino à travers toute la région. Dans la Corne de l’Afrique, Al-Shabaab poursuit ses attaques, tandis qu’en Afghanistan, la branche de l’État islamique dite du Khorasan multiplie les attentats, notamment en Iran et en Russie.

Les experts français notent toutefois une évolution : les structures centrales de ces organisations sont affaiblies, leurs chefs peu connus, et leur pouvoir de coordination en baisse. Mais l’idéologie, elle, reste vivace. Comme le souligne Fabien Zamora, le djihadisme n’a pas disparu : il s’est simplement déplacé et adapté.

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