L’histoire de Ryan Wedding tient du scénario hollywoodien : autrefois athlète olympique représentant le Canada en planche à neige aux Jeux d’hiver de 2002, il est aujourd’hui traqué par le FBI et l’un des hommes les plus recherchés d’Amérique du Nord. Thomas Daigle, journaliste pour CBC News, rapporte que les autorités américaines concentrent désormais leurs efforts sur le centre du Mexique, plus précisément l’État de Mexico qui entoure la capitale du pays, afin de mettre la main sur l’ex-sportif devenu baron de la drogue.
Une traque resserrée autour de Mexico
Le FBI a lancé une campagne ciblée sur les réseaux sociaux, diffusant l’avis de recherche de Wedding en espagnol, espérant obtenir des renseignements de la population locale. « Nous croyons qu’il y a possiblement des gens dans cette région qui ont des informations sur sa localisation », a déclaré Laura Eimiller, porte-parole du FBI, à Thomas Daigle. Bien qu’elle n’ait pas confirmé que Wedding se cache dans la région, l’intensification des efforts suggère une piste sérieuse.
C’est la première fois que le FBI reconnaît officiellement concentrer ses recherches dans une zone géographique précise. Ajouté en mars dernier à la liste des dix criminels les plus recherchés par l’agence, Wedding fait désormais l’objet d’une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars américains pour toute information menant à son arrestation.
Le « Boss » canadien du cartel
Né à Thunder Bay, en Ontario, Wedding est recherché depuis près de dix ans par la GRC. Les autorités canadiennes et américaines l’accusent d’être à la tête d’un réseau criminel transnational impliqué dans l’exportation massive de fentanyl et de cocaïne à travers l’Amérique du Nord. Il fait notamment face à des accusations de meurtre, de complot, et de direction d’une entreprise criminelle continue — une charge réservée aux chefs de réseaux mafieux.
Selon Daigle, Wedding serait lié au redouté cartel de Sinaloa, anciennement dirigé par Joaquín « El Chapo » Guzmán. Il utiliserait plusieurs pseudonymes, dont Public Enemy, Giant et El Jefe (« Le Patron »), et mènerait une vie protégée et aisée grâce à ses connexions haut placées. Akil Davis, directeur du FBI à Los Angeles, a déclaré : « Wedding est riche, dangereux, et protégé par des contacts influents. Il faudra probablement beaucoup d’argent pour que quelqu’un accepte de le dénoncer. »
Des photos confirmées à Mexico
CBC News, avec l’aide de son unité d’investigation visuelle et de chercheurs indépendants du groupe Bellingcat, a confirmé que l’une des photos récentes de Wedding — le montrant coiffé d’une casquette des Dodgers de L.A. — avait été prise dans le quartier d’affaires de Santa Fe à Mexico. Cette localisation appuie les soupçons que l’homme se cache dans ou autour de la capitale mexicaine.
En janvier 2024, Wedding aurait été aperçu dans un Starbucks de Mexico lors d’une rencontre avec un informateur du FBI, accompagné de son bras droit, Andrew Clark, un autre Canadien surnommé The Dictator. Ce dernier a été arrêté au Mexique puis extradé vers les États-Unis, où il a plaidé non coupable à des accusations de meurtre et de trafic de drogue.
Un réseau meurtrier
Les accusations portées contre Wedding dépassent largement le simple trafic de stupéfiants. Les autorités affirment qu’il est responsable d’au moins quatre meurtres en Ontario, dont deux touristes indiens tués par erreur dans une affaire de confusion d’identité. Un autre homme, accusé d’avoir servi de courrier de drogue pour le réseau, a récemment accepté son extradition vers les États-Unis.
La GRC affirme que Wedding représente aujourd’hui « l’une des plus grandes menaces de crime organisé pour le Canada, même en tant que fugitif ». Une rencontre entre le FBI et le commissaire de la GRC Mike Duheme a eu lieu cette semaine à Ottawa pour discuter de la lutte contre le crime organisé transnational, bien que le contenu précis de la discussion n’ait pas été confirmé.
Une descente aux enfers spectaculaire
Le parcours de Ryan Wedding est d’autant plus choquant qu’il était autrefois une figure respectée du sport canadien. Mais sa carrière olympique a rapidement cédé la place à une vie criminelle, d’abord dans les milieux du trafic de cocaïne à Montréal, puis au sein d’un réseau international sophistiqué et violent.
Le contraste entre le jeune athlète sur les pentes enneigées de Salt Lake City et l’homme traqué par le FBI pour meurtres, blanchiment d’argent et complicité avec un cartel mexicain illustre l’ampleur de la déchéance.
Comme le souligne Thomas Daigle dans son reportage fouillé pour CBC News, l’affaire Ryan Wedding n’est pas seulement celle d’un homme en cavale, mais celle d’un citoyen canadien devenu symbole du crime organisé international. La convergence des efforts entre les agences nord-américaines, l’implication du public mexicain, et la mobilisation de ressources sans précédent laissent croire que sa liberté pourrait toucher à sa fin. Reste à voir si l’ombre d’El Jefe continuera de planer sur les failles du système ou si la justice rattrapera enfin le fugitif canadien le plus recherché du continent.



