Selon la journaliste Jamie Sarkonak du National Post, la récente grève des enseignants en Alberta, qui a paralysé les écoles pendant près d’un mois, cacherait une cause profonde rarement évoquée publiquement : la pression exercée par l’explosion de l’immigration sur le système scolaire.
Le conflit, officiellement déclenché par des revendications sur les salaires et les tailles de classe, trouve en réalité ses racines dans un phénomène démographique fulgurant. En trois ans, plus de 80 000 nouveaux élèves ont rejoint les écoles de la province, dont un nombre croissant ne maîtrise pas l’anglais. « Cette situation place les enseignants dans une position intenable », écrit Sarkonak, rappelant que la complexité des classes – marquée par des élèves allophones ou ayant des besoins particuliers – a atteint un niveau critique.
Privés de salaire pendant le conflit, les enseignants espéraient obtenir non seulement une hausse de 12 % sur quatre ans, mais surtout des plafonds de taille de classe. Le gouvernement albertain a finalement mis fin à la grève par une loi spéciale appuyée sur la clause dérogatoire. Si la hausse salariale semble équitable, souligne Sarkonak, la racine du problème demeure intacte.
Les statistiques évoquées dans son article sont parlantes : la proportion d’élèves apprenant l’anglais à Edmonton est passée de 14 % en 2021-2022 à 16 % en 2024-2025, soit environ 85 élèves par école. Le nombre d’élèves réfugiés a lui aussi augmenté, de 10 000 en 2020 à 14 000 en 2024. « L’immigration rapide a introduit de nouveaux défis, dont un grand nombre d’élèves qui ne parlent pas anglais », a reconnu le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, dans une déclaration transmise au National Post.
Sur les forums en ligne, les témoignages anonymes d’enseignants confirment la détresse évoquée par Sarkonak. L’un d’eux décrit une classe de 41 élèves, dont 12 en situation de handicap et 13 en apprentissage linguistique. « Aucun soutien, aucune ressource. C’est devenu invivable », confie-t-il. D’autres parlent de pleurs avant d’aller travailler, d’épuisement moral et d’un sentiment d’abandon par leur syndicat, l’Alberta Teachers’ Association (ATA).
Jamie Sarkonak remarque que ni le gouvernement ni le syndicat n’ont véritablement abordé de front la question de l’immigration et de ses effets sur les classes. Les syndicats, dit-elle, semblent reléguer ces préoccupations à la table de négociation plutôt que d’en faire un enjeu public, tandis que la province se concentre sur la construction d’écoles sans véritable plan d’intégration linguistique.
Dans ce contexte, les enseignants se retrouvent à la fois éducateurs et professeurs de langue improvisés, contraints d’enseigner mathématiques, histoire et sciences à des élèves qui ne comprennent parfois pas leurs instructions. Pour Sarkonak, la situation illustre une faille plus large : une politique d’immigration ambitieuse, mais mal synchronisée avec la capacité d’accueil des services publics, notamment l’éducation.
« Ce n’est pas le seul problème, conclut-elle, mais c’est un problème majeur qui demeure ignoré. Les enseignants en paient aujourd’hui le prix. »



