En Colombie-Britannique, une ferme d’autruches décimée par les autorités sanitaires : la famille promet de se battre

À Edgewood, une petite communauté de la Colombie-Britannique, la ferme Universal Ostrich Farms est désormais synonyme de deuil et de colère. Comme le rapporte Brenna Owen, journaliste à La Presse Canadienne, la famille Espersen-Pasitney a vu ses plus de 300 autruches abattues par des tireurs mandatés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Cette opération, menée sous une pluie froide et persistante, a transformé ce qui était autrefois une exploitation familiale paisible en un champ de désolation.

Karen Espersen, co-propriétaire de la ferme, a vu s’effondrer en une nuit le travail de toute une vie. Sa fille, Katie Pasitney, raconte avoir entendu les coups de feu toute la nuit de jeudi à vendredi : « Le vacarme des tirs était insoutenable… nos cœurs sont vides. » Les autruches, confinées dans un enclos fait de balles de foin, ont été abattues une à une, une méthode que la famille juge « inhumaine » et « barbare ».

L’ACIA affirme pour sa part que l’abattage par des tireurs professionnels était « l’option la plus appropriée et la plus humaine » pour éradiquer une éclosion d’influenza aviaire détectée sur la ferme le soir du Nouvel An 2024. Le manuel de l’agence décrit pourtant cette méthode comme un « dernier recours ».

Brenna Owen explique que la famille Espersen avait tenté d’empêcher la mise à mort du troupeau, en portant la cause jusqu’à la Cour suprême du Canada. Mais le plus haut tribunal du pays a refusé d’entendre leur appel le jeudi 6 novembre, scellant ainsi le sort de plus de 300 oiseaux.

Pour Katie Pasitney, cette décision révèle l’absurdité du système : « La politique d’abattage systématique de l’ACIA est brisée. Elle ne fait rien pour empêcher les éclosions qui se multiplient au pays. » Elle affirme que leur ferme est désormais « le point zéro du changement », déterminée à se battre pour une réforme des protocoles de gestion des pandémies animales.

Au-delà des chiffres, la tragédie a profondément marqué la famille. Pasitney confie que son père, en fauteuil roulant, pleurait en voyant l’abattage sans pouvoir intervenir. Sa mère, autrefois animée par le soin quotidien des autruches, se retrouve aujourd’hui sans repères : « Elle sortait chaque matin pour s’occuper de ses oiseaux. Maintenant, elle a tout perdu. »

Vendredi, des travailleurs en combinaison blanche ont commencé à ramasser les carcasses pour les charger dans des conteneurs métalliques anonymes. La scène, observée par quelques partisans venus manifester leur soutien, était supervisée par la GRC, déployée depuis plusieurs jours sur le site.

Les conteneurs ont quitté la ferme à l’aube de samedi, laissant derrière eux un paysage déserté. Les Espersen et Pasitney promettent toutefois de poursuivre leur combat. « Notre terre, pleine de vie il y a encore 24 heures, est désormais une coquille vide. Mais nous allons transformer ce désastre en moteur de changement pour le Canada », a conclu Katie Pasitney, la voix tremblante.

L’ACIA n’a pas encore précisé où les autruches seraient transportées ni comment elles seraient éliminées.

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