Entre faux collèges, candidats à l’immigration et vrais problèmes : le gouvernement du Québec doit protéger l’intégrité de son système

Ce matin, dans les pages du Journal de Montréal, on apprenait que plus de 90 « étudiants » ont été convoqués par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration pour vérifier la légitimité de leurs diplômes obtenus au Collège supérieur de Montréal. La raison : de faux rapports de stage, produits dans des hôpitaux fictifs.

On croirait une arnaque montée à l’autre bout du monde. Pourtant, c’est au cœur de Montréal qu’a prospéré l’une des fraudes les mieux organisées du Québec moderne. Comment en sommes-nous arrivés là? Et pourquoi le gouvernement doit-il réellement aller au bout du démantèlement de cette filière?

Jusqu’à tout récemment, il était possible de payer plusieurs dizaines de milliers de dollars pour obtenir un permis d’étude et venir « étudier » dans un collège fantôme, souvent installé dans un centre commercial ou une tour à bureaux désertée depuis la pandémie. Les noms étaient anodins, presque rassurants : Collège supérieur de Montréal, Collège Canada, Collège de l’Estrie. Derrière ces appellations se cachait un système parfaitement huilé qui offrait avant tout un raccourci vers l’immigration canadienne.

On y proposait des DEP ou même des ASP comme on vend un service administratif : quelques cours obligatoires, une présence minimale, et l’assurance tacite d’un visa puis, éventuellement, de la résidence permanente. Le système s’est corrompu à une vitesse fulgurante, au vu et au su de tout le monde.

Le Collège supérieur de Montréal aurait accueilli plus de 12 000 « étudiants ». Pour donner un ordre de grandeur, le Cégep de Sherbrooke — le plus grand cégep en dehors de Montréal et Québec — compte environ 6 000 étudiants, répartis dans plusieurs pavillons de plusieurs étages. Ici, un seul « collège » abritait le double. Ce n’était plus de l’improvisation : c’était une véritable industrie.

Le gouvernement doit maintenant aller au bout de ses enquêtes. Le système d’immigration a été détourné, exploité, contourné. Des filières organisées ont profité de failles, et dans certains cas, on nage en pleine criminalité. Si le ministère de l’Immigration a laissé émerger ces collèges zombies, il doit désormais colmater les brèches et sanctionner ceux qui ont profité de la situation.

Il y aura sûrement quelques victimes collatérales, des gens sincèrement naïfs. Mais il faut aussi être réaliste : comment croire à des promesses aussi belles venant d’établissements installés dans des centres commerciaux, fondés à la va-vite, surfacturant leurs programmes et offrant des formations complaisantes? Quand tout semble trop beau pour être vrai, c’est généralement le cas.

Ces pseudo-collèges n’avaient de collège que le nom. Ils ont permis à des organisations criminelles de s’enrichir et à des milliers de candidats à l’immigration d’être floués. Le gouvernement du Québec n’a plus le choix : il doit assainir ce secteur, fermer ces institutions bidon et protéger l’intégrité de son système d’immigration.

On ne peut pas laisser passer une fraude de cette ampleur, surtout pas en plein cœur du Québec moderne.

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