On a appris récemment que le gouvernement fédéral se prépare à l’éventualité d’un troisième référendum. Il est évident qu’Ottawa anticipe l’arrivée au pouvoir de Paul St-Pierre Plamondon, si bien sûr la tendance actuelle se maintient. On blâme volontiers le Parti Québécois de vouloir organiser une consultation que « les gens ne veulent pas ». Et si, en réalité, la tenue d’un nouveau référendum était entièrement la faute des libéraux ?
Nous vivons dans un monde hypermondialisé, où chaque culture — surtout sous le multiculturalisme canadien — est valorisée, protégée et légitimée. Toutes, sauf une : celle des Québécois de souche. Le Canada est probablement l’un des rares pays au monde où l’on attaque systématiquement une minorité nationale dans la culture, les médias, la politique, et même à l’étranger.
Dans plusieurs provinces, les Québécois sont accueillis avec froideur, voire hostilité. Et certains immigrants ayant intériorisé un discours anglo-centré voient dans le simple fait de parler français une preuve de racisme. On se souvient des étudiants en médecine francophones de l’Université d’Ottawa à qui l’on lançait « speak white ». C’est aussi dans cette même institution qu’Amir Attaran affirmait que quelqu’un qui lui dit « bonjour » en français est « probablement raciste ».
La culture québécoise est perçue implicitement, au Canada, comme ringarde et dépassée. Les nouveaux arrivants l’apprennent vite : le Canada serait le protecteur de leurs intérêts, tandis que les Québécois seraient les assimilateurs ou les persécuteurs. Dans cette caricature manichéenne, on oublie pourtant l’essentiel.
Les Canadiens anglais, eux, développent désormais des réflexes identitaires à mesure que l’immigration de masse avance. Certaines provinces, comme l’Ontario et l’Alberta, verront bientôt leur population blanche devenir minoritaire. Les Québécois, eux, sont de plus en plus perçus par certains chroniqueurs du Canada anglais comme un peuple qui assume ouvertement la défense de ses intérêts nationaux — ce que les anglophones ont trop longtemps négligé.
Mais revenons à la question centrale : en quoi les libéraux sont-ils responsables d’un troisième référendum ? À force de mépriser les Québécois — pensons au ministre Marc Miller qui se disait « tanné » d’entendre parler du déclin du français — ils ont multiplié les gestes qui ont miné la légitimité du gouvernement fédéral au Québec.
En imposant leur vision quasi-totalitaire d’un Canada « post-national », sans identité commune, ils ont peut-être eux-mêmes vissé les derniers clous dans le cercueil de l’unité canadienne. Comment justifier le maintien d’un pays où il n’existe aucun sentiment d’appartenance partagé ? Comment demander à de jeunes Québécois — parfois intimidés dans la cour d’école en raison de leurs origines — d’estimer un pays qui leur annonce qu’ils deviendront minoritaires chez eux ?
Ces jeunes ne formuleront pas cela en termes politiques, mais un malaise identitaire est visible face à la déferlante migratoire. Leur culture est moquée à l’école, au travail, au cégep et à l’université. On leur dit qu’ils ne « parlent pas le vrai français ». Qu’ils habitent des « territoires non cédés » où ils n’ont aucune légitimité.
Les libéraux portent l’entière responsabilité de leur échec à unifier le pays. Ils ont voulu aller trop vite. Et à force d’impatience, on finit par commettre des erreurs fatales. Avant Justin Trudeau, le Canada semblait même se normaliser au Québec : plusieurs anciens souverainistes de 1995 avaient baissé les bras, pensant le rêve indépendantiste révolu.
L’avenir reste incertain. Mais une chose est claire : un nombre croissant de jeunes — et de moins jeunes — en ont assez d’être constamment rabaissés par les libéraux et leurs alliés. Qu’il s’agisse des militants de la gauche inclusive, de certains lobbys autochtones ou des groupes immigrationnistes, tous contribuent à épuiser le peu de patience qu’il restait envers le libéralisme canadien.



